Rupture et méritocratie

Les partisans du moindre mal nous en voudront peut-être d’attaquer une nouvelle fois Nicolas Sarközy, mais ce n’est pas parce que la candidate du PS -et le PS lui-même- ont prouvé une nouvelle fois le vide sidéral qui les habite, que le petit vainqueur doit être épargné.

Il nous avait promis la rupture, ainsi que la généralisation de la méritocratie. Nous n’aurons vraisemblablement ni l’une ni l’autre. Et pourtant ce n’est pas faute d’avoir été relayé par un certain nombre d’acteurs du système. En effet, les journalistes et politologues autoproclamés nous assurent que “quelque chose a changé“; de leur côté et sans peur des formules grandiloquentes, Ségolène et François estiment qu’avec leurs scores respectifs, “on ne fera plus jamais de politique comme avant“. C’est clair, tout le monde le ressent au plus profond de lui-même, la rupture est là, un rift s’est ouvert…ou pas.

En tous cas ce n’est pas du côté de la composition du nouveau gouvernement qu’il faut chercher ce parfum de révolution censé avoir enivré le pays. Ni le premier ministre, ni les ministres, ni les secrétaires d’Etat ne sont des perdreaux de l’année. Pour certains ça respire même franchement la naphtaline.
Fillon, Borloo, Bachelot, Boutin, Alliot-Marie, JUPPE, KOUCHNER, ……..c’est ça la rupture ?

Non pas qu’il faille absolument changer systématiquement de ministres. Ce n’est certainement pas nous royalistes qui allons plaider en ce sens. Mais tout de même, dans l’optique d’une “rupture” dont on nous a rebattu les oreilles jusqu’à les rendre rouges écarlates, on aurait pu se passer de quelques vieilles figures décrépites et accessoirement corrompues. D’aucuns argueront qu’un vieux brisquard de la politique sera plus efficace qu’un bonhomme parachuté sous prétexte de nouveauté. Mais cette argumentation se heurte à une autre analyse. S’il était encore besoin, la biographie des ministres du gouvernement Fillon (que l’on nomme déjà 1 en prévision de remaniements désormais rituels) le montre: les titulaires de portefeuilles ministériels sont parfaitement interchangeables. En réalité cela fait bien longtemps que l’on s’échange les maroquins comme on s’échange des billes dans une cour de récrée. Tour à tour on pourra avoir la charge des finances du pays, de sa sécurité, de son système éducatif, de son système de santé ou de ses affaires étrangères, sans que cela n’émeuve qui que ce soit. Un bon politicien a donc semble-t-il des compétences universelles… Que l’on ne nous parle donc pas de compétence particulière ou spécifique des uns ou des autres.

En poussant un peu plus l’analyse, c’est la fameuse méritocratie sarkozyste qui se trouve sensiblement écornée. Et ce n’est pas parce que certains des fidèles de toujours n’ont pas obtenu de postes clés (encore que les Devedjan, Coppé ou Estrosi risquent fort d’hériter de la présidence de l’UMP ou du groupe UMP à l’Assemblée) qu’on doit occulter les raisons qui ont présidé à la nomination des autres.
Il y a bien sûr la mesure la plus voyante mais qui apparement fait l’objet d’un consensus puisque personne ne soulève plus son absurdité: il s’agit de la parité. Comment prétendre qu’on va nommer ses ministres au mérite si d’emblée le critère du sexe fausse la donne ? Et à hauteur de la parité stricte qui plus est!

Il y a ensuite un critère encore davantage occulté, celui de la discrimination positive: à ce jeu là, Rachida Dati a été choisie depuis longtemps pour jouer l’arabe de service. Le nouveau président de la république l’avouait lui-même récemment, “le fait qu’elle soit Rachida, ça compte!“. Mais comme elle se trouve un peu isolée dans cette nouvelle équipe trop pâle, il lui fallait au moins un ministère régalien. Comment prétendre qu’on nomme au mérite si le critère ethnique fausse la donne ?

En outre, on assiste, comme toujours, à la récompense des ralliés de la onzième heure.

Enfin il y a cette fameuse “ouverture” rassemblant un centriste, des socialistes et apparentés, ainsi que des ministres proches de l’aile gauche de l’UMP. Un geste d’ouverture désintéressé destiné à afficher une grande magnanimité, ou manoeuvre politicienne visant à désamorcer une éventuelle bombinette électorale ? Nombre d’observateurs s’accordent à dire que le président est toujours en campagne: il s’agit de ne pas avoir de mauvaise surprise aux législatives. Mais quand alors, quand n’est-on plus réellement en campagne et quand commence-t-on à faire vraiment du Politique ?

On le voit, eu égard à la multiplication des critères de sélection politiciens (exigence paritaire, discrimination positive, récompense des traîtres, ouverture démagogique,…), continuer à nous parler de “méritocratie” relève de l’escroquerie.

Au-delà, une conclusion s’impose: la rupture n’a pas eu lieu; et elle n’aura pas lieu. Pour une raison simple, c’est que personne, ni avant, ni pendant, ni après, n’a daigné nous expliquer en quoi elle devait consister. Rupture d’avec qui ? Rupture d’avec quoi ? Refonder la politique…oui mais comment ? Des précisions nous n’en avons pas eues, les discours étaient évanescents et amphigouriques.
Mais on le sait, dans un système de politique spectacle médiatico-sondagière en voie de marketisation accélérée, il n’est pas nécessaire d’expliquer en profondeur, l’important c’est de geuler plus fort que son voisin et dans le sens du vent pour ne pas s’étouffer.
Il ne peut y avoir de rupture parce qu’on n’a pas défini avec quoi il fallait rompre. Et bien nous, avons une réponse. Elle vaut ce qu’elle vaut. D’aucuns la mépriseront comme une énième pétition de principes sans meilleur avenir que les creuses déclarations des candidats, d’autres y décèleront peut-être la source, la matrice de nos maux: le régime des partis. S’il y a une chose avec laquelle il faut rompre c’est la logique partisane, tant au niveau local que national. C’est elle qui permet ce que l’on a vu plus haut. C’est elle qui oblige à nommer des ministres non pas pour leur compétence mais pour un ensemble de mauvaises raisons. C’est elle qui oblige à se soummettre aux idées à la mode (parité, discrimination positive,…). C’est elle qui rend malsain et fausse dès l’origine toute tentative de Rassemblement qui ne peut tourner qu’à la farce démagogique. La seule voie, saine et naturelle, du rassemblement de tous les Français, ne peut être que royale.

PV.

10 commentaires pour “Rupture et méritocratie”

  1. Albator dit :

    Excellent article !

  2. mlle perçy dit :

    il y a deux énarques en tout dans le gouvernement, ce ne sont pas tous les mêmes que d’habitude!!!! ceux qui sont là le sont par compétence, et sarkosy a choisi très exactement ceux capable de mener à bien son programme… peut-être pas son bla bla avant présidentielles, mais en tout ce qu’il a toujours voulu faire et fait. C’est donc un manque de rupture vis à vis de sa politique, mais pour ous je le trouve plutôt bien, moi, parce qu’il y a des chances que ce gouvernement jeune et sans exception dévoué (ou lié par manque d’autres soutiens comme juppé) à Sarkozy fasse réellement des actions.

  3. mlle perçy dit :

    et j’ajouterai qu’il a réussi le tour de force de prendre partout là il pouvait les gens compétents qu’il voulait, tout en s’assurant les faveurs et la reconnaissance de certains.
    ce gouvernement est un sans faute, et opérationnel
    s’il foire, c’est qu’il y a un problème de régime, et u’effectivement le rassemblement n’est pas possible en république, même avec la meileure volonté du monde (et sarkozy a cette volonté, et au risque de me faire écharper je dirai cette sincérité)

  4. pierrE70 dit :

    tres interressant article PV !

    Mlle percy, les critiques négatives me semblent bien venues, surtout qu’elle permettent un débat certain.
    Tout d’abord, il est un tort de dire que ce sont de nouveaux visages qui nous sont présentés ; fillon, borloo, juppé (sic) ou encore mme bachelot sont des tetes bien connues, mais ce ne seraient pas un probleme si elles l’étaient pour des actions positives, ce n’est malheureusement pas le cas !

    Tiens donc, Madame Bachelot ! N’était ce pas elle, la pro-nucléaire qui refusait de prononcer le mot ” développement durable” ; N’est ce pzs elle, sous la présidence de notre communiste préféré, qui a supprimé le dernier jour de non chasse, gage de liberté et de sécurité pour les promeneurs et les enfants le mercredi ? Hé bien c’est cette chere personne, qui est aujourd’hui préposée à la jeunesse et aux sports ! encore un paradoxe, la dame n’ayant pas du monter sur un vélo depuis des lustres. Mais s’il ne s’agissait que de celà ! Quel mérite, quelles qualités à t elle pour avoir obtenu cette fonction ” méritocratique”, je vous le demande !
    Dévoué avez vous dit ? Vous devez surement parler de la fuite de monsieur juppé sur le continent voisin, de ses fraudes multiples ayant entre autre causé ce départ ! La notion de dévotion ne doit pas etre la meme pour tous…!
    Enfin, comment voulez vous rassembler en république ! c’est un véritable contresens, la république ayant pour base des partis multiples sans cesse en concurence, et n’étant que tres rarement d’accord ! comment peut on rassembler, ou ici gouverner en rassemblant, des opinions opposées ! c’est incensé ! Il s’agit à mon avis d’un embellissement, comme le dis justement PV d’une barriere de sécurité face aux “opposants” gauchistes, cela est possible.

    Ainsi, nous pouvons une nouvelle fois constater les déboires de cette république, de ce non sens, de cette mascarade. Le peuple est matricé, endormi, la france sombre.

    bien à vous

    pierre, grandjean.pierre1@caramail.com

  5. Lafronde dit :

    Il nous avait promis la rupture, ainsi que la généralisation de la méritocratie. Nous n’aurons vraisemblablement ni l’une ni l’autre

    Je n’ai pas voté pour Sarkozy au premier tour et Dieu sait que je vomis sa manie de prendre le pire des Etats-Unis (surmédiatisation à défaut d’information, discrimination positive, etc.) et d’évacuer le meilleur (redneck attitude, enracinement local et résistance au centralisme, exigence de moralité du politique, etc.), il n’en reste pas moins qu’avec toute la bonne foi du monde il me semble que 9 jours c’est un peu court pour juger si nous aurons ou non la rupture. Attendons au moins l’après-législatives.

    En revanche, je te suis quand tu écris :

    On le voit, eu égard à la multiplication des critères de sélection politiciens (exigence paritaire, discrimination positive, récompense des traîtres, ouverture démagogique,…), continuer à nous parler de “méritocratie” relève de l’escroquerie.

    Et je dirai même plus : il est fondamentalement anti-américain dans sa démarche. Bon ok on s’en fout un peu de savoir s’il est asez ou pas du tout “américain”, mais je veux juste mettre le bonhomme devant ses contradictions. Je m’explique. Aux Etats-Unis, on part du principe (respecté ou non dans les faits mais le principe existe) que l’homme politique, et en l’occurence le Président plus qu’un autre, doit être aussi probe dans sa vie privée qu’il donne l’image de l’être dans sa vie publique, c’est à dire qu’il ne peut pas prétendre être le meilleur pour gouverner le pays sans être capable de se gouverner soi-même, en restant honorable et vertueux. On l’a vu au moment de l’affaire Monica Lewinsky : ce n’est pas tant le puritanisme des Américains qui a motivé la haine de Clinton à ce moment-là mais le sentiment de trahison créé par la rupture entre l’homme propre sur lui devant les caméras et adultère dans son bureau. Cela a un côté angélique mais c’est comme ça. Et à ce titre, déjà, malgré ce que laissait entendre les invocations à une “république irréprochable”, Sarkozy n’a rien d’un président inspiré par l’Oncle Sam.

  6. mlle perçy dit :

    je n’ai pas dit que juppé était dévoué, j’ai dit qu’il était pieds et poings liés, et détesté par tout-le-monde, donc obligé d’obéir au seul qui lui laisse une chance.
    et je n’ai pas dit qu’on pouvait rassembler en république, j’ai dit qu’il avait essayé avec la meilleure foi du monde, et que donc son échec nous prouvera que l’on ne peut pas

  7. LEPAGE dit :

    Ce gouvernement est taillé sur mesure pour que Sarko règne en prisedirecte. Les 2 socialos de service torpillent littéralement le PS déjà affaibli, et le reste est soit trop corrompu pour la ramener, soit trop insipide. Alors le Changement est là ; le Gouvernement de la République est un cabinet de Préfecture.
    le Premier Ministre son Secrétaire Général et Sarko le Préfet; le tout sera au ordres de Bruxelles.
    Seul leur style de vie sera supérieur à celui d’une préfecture

  8. militante dit :

    En effet , bravo pour l’article! Tu as raison sur toute la ligne…et c’est malheureux…Le discours est là , maintenant il faut agir!

  9. Le Blog de l’Action française étudiante » Archive du blog » Devedjian, la monarchie et l’Ouverture dit :

    […] Et oui. Combien de Sarkolâtres nous accusaient de critiques systématiques lorsque les prémices de l’Ouverture se mettaient en place ? Combien de Français continuaient à applaudir à tout rompre ce mouvement fait à la fois d’intelligence politique féroce, d’ouverture d’esprit, et de magnanimité ? Pire encore, certains ont cru qu’enfin, par l’onction du suffrage universel, Nicolas Sarközy était devenu le président de tous les Français, et qu’il le montrait. Il était passé en l’espace de quelques heures, du statut de candidat pugnace à celui d’arbitre apaisé au-dessus des partis, réalisant ainsi le rêve gaullien. Dès lors, il pouvait ouvrir son gouvernement aux socialistes, centristes, et autres personnages honnis quelques jours auparavant. Le seul critère qui commandait ces nominations, était celui de la compétence…nous disait-on. […]

  10. DJ PEG dit :

    coucou Percy nous t’avons retrouvé, ah ah ah
    LLg tôôôôôrrche mais pas tout le monde ….
    sinon vive la prepa et l’action française !!!
    Peg le bucheron français et son fidèle collaborateur.
    Au fait je suis DJ à mes heures perdues, si jamais torganise une tite soirée classe…., jsui ton homme! allez bye ou plutôt au revoir ( ah bah les anglicismes ). Je fait des ptites fetes de temps en temps en VH225…., si tu veux voir ce que sa donnne..

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