Le “traité modificatif” : les masques tombent !
Les évènements tournant autour du « traité modificatif » démontrent une fois de plus, s’il en était besoin, l’incurie de nos « élites » européistes. A croire que la honte ne leur fait pas peur, ces traîtres dont la conscience ne semble pas être incommodée le moins du monde par le lourd poids de leur perfidie. Mais, après tout, ne vit-on pas une époque où le crime est devenu une fierté, tant dans les rues de nos cités que dans les couloirs des assemblées « nationales » ?
Il fut bon ton, pendant un temps, de dénommer la feuille de chou institutionnelle européenne, pondue à Lisbonne et qui sera ratifiée en décembre par le « président de l’identité nationale » élu en mai dernier, de « traité simplifié, » laissant supposer que les délires fédéralistes des rédacteurs de la « constitution » pour l’Union européenne s’étaient réfrénés. La campagne présidentielle, notamment parmi les marionnettes de l’UMP, avait été rythmée, outre des thèmes tels que l’immigration, la nation, le patriotisme, le travail, les réformes (on espère d’ailleurs, maintenant que la campagne électorale est close, voir ces thèmes réapparaître entre deux ou trois « ouvertures à gauche ») par celui de « traité simplifié » qui, cette fois-ci, ne comprendrait qu’un simple volet institutionnel.
Réduire le projet de Constitution à un simple traité, ne comportant plus qu’un volet institutionnel, dont la propagande de masse audiovisuelle s’est attelée à nous présenter la nécessité absolue pour faire fonctionner l’Union à vingt-sept Etats membres (à croire qu’il s’agit là de la simple finalité politique du projet européen), permettait de contourner les difficultés auprès de l’opinion publique française qui, ainsi, ne se sentirait pas trahie suite au « non » du 29 mai 2005. Cela permettait aussi de diviser le camp du « non, » réparti entre les « souverainistes, » hostiles à un Etat fédéral européen, et les « sociaux » dont la simple inquiétude était de voir la politique livrée, par le biais de l’Europe, à des intérêts factieux de certains lobbies ou puissances économiques. La partie du camp du non se situant ainsi « à gauche » ne s’opposerait pas de manière aussi radicale à ce nouveau traité.
Les réformes institutionnelles prévues par le projet de constitution européenne sont donc maintenues : élargissement des matières votées à la majorité au Conseil, élargissement des compétences des institutions européennes, création d’un ministre européen des affaires étrangères (nommé « haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères »), il « conduit la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union » peut-on, lire dans le traité. Le Conseil européen, qui rassemble les représentants des chefs d’Etat et de gouvernement, est désormais doté d’un président élu pour deux ans et demi, l’on peut considérer qu’il s’agit là d’un prélude à un « président de l’Union européenne » qui finira, à terme, par être élu au suffrage universel des citoyens européens… La suprématie du droit communautaire sur le droit national n’est plus réaffirmée mais un protocole joint au traité fait référence à la jurisprudence de la cour de justice des communautés européennes qui, depuis longtemps, a consacré ce principe.
En clair, les bases d’un Etat fédéral sont bel et bien jetées, notamment avec l’institutionnalisation d’un véritable personnel politique hautement symbolique (président du conseil européen, haut représentant des affaires étrangères) qui verra probablement ses fonctions et son influence s’accroître à mesure que la volonté politique des gouvernements nationaux s’affaiblira.
Il y aurait tant à dire sur cette nouvelle étape vers le fédéralisme… restons-en à cette ahurissant constat : comment se peut-il, alors que la campagne présidentielle tournait autour de « l’identité nationale » et du nécessaire retour du patriotisme en politique, que le chef de l’Etat français, définit par l’article 5 de la Constitution de la Vème République comme « le garant de l’indépendance nationale » accepte un texte qui consacre les abandons antérieurs de la souveraineté de la France et en accepte de nouveaux ?
La souveraineté n’est pas, pour nous, un vain mot ; elle n’est pas la manifestation d’un quelconque orgueil, elle est la condition même de la politique… du moins, pour peu que l’on considère la finalité de la politique comme la défense des intérêts de la Cité en toutes circonstances. Parce que nous sommes nationalistes, nous pensons résolument, sur la base de l’Histoire et de l’expérience tirée du passé, que l’Homme ne peut vivre qu’au sein d’une communauté, que les communautés sont forgées par leurs histoires propres et que le rôle de la politique est de protéger ces communautés. Mais comment faire confiance à une entité idéologique qui ne repose sur aucun fait historique et qui prétend gérer le bonheur de tant de nations pourtant si différentes par leurs histoires, leurs traditions respectives et leurs intérêts ? La souveraineté, pour nous, est la condition de la réalisation d’une politique tournée vers le bien commun de la nation française. L’intérêt commun français n’est pas l’intérêt commun allemand ni celui des Espagnols. Le bien commun européen n’existe pas ou, du moins, s’il existe, il ne peut résulter que de concordances factuelles et circonstancielles et ne peut être déterminé que par chaque Etat en coopération avec d’autres Etats.
Cette absence de bien commun uniforme à toute l’Europe précipite les nations européennes dans une spirale infernale de destruction de la politique pour lui substituer la gestion simple des choses, seule action rendue possible mais qui ne constitue pas la poursuite d’un intérêt commun et la défense d’une communauté.
Mais au-delà de l’aspect purement institutionnel, ne peut éprouver un certain malaise à la lecture de ce « traité modificatif » en constatant que… la constitution européenne, dans son intégralité, est bien là ? Non pas uniquement la première partie comme le laissait prétendre Nicolas Sarkozy, mais toutes les parties de la constitution sont présentes dans ce traité qui n’est pas si « mini » que les termes journalistiques cherchaient à nous faire croire. Les nouvelles politiques européennes, initialement prévues dans le traité établissant une constitution, seront « dispatchées » dans l’ensemble des anciens traités par le « traité modificatif » qui reprend, sans vergogne, les intitulés des chapitres prévus par la constitution pour les substituer aux anciens intitulés. La partie II de la Constitution est elle aussi intégrée dans ce nouveau traité : il s’agit tout simplement de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, adoptée à Nice en 2000 mais qui n’avait, jusqu’à présent, pas de valeur juridique formelle (bien qu’en pratique, de nombreux juges, notamment la cour suprême espagnole, ne se soient pas gênés pour en appliquer les droits et principes énoncés et que les institutions communautaires –commission, parlement, conseil- se soient engagées à en respecter le contenu.) Seule l’Angleterre a obtenu que la charte ne soit pas appliquée sur son territoire, craignant que les droits économiques et sociaux qu’elle contient ne lui soient opposables. La Pologne avait également obtenu une dérogation quant à l’application de la charte mais il semble que le nouveau gouvernement, libéral et européiste, ne souhaite pas bénéficier de ce fruit des négociations du gouvernement précédent.
Devant une telle fourberie, il n’existe qu’indignation et dégoût. L’hypocrisie éclate au grand jour et l’on peut désespérer de l’amorphisme de nos concitoyens face à cette félonie.
« L’Union est fondée sur les valeurs […] de démocratie » peut-on lire dans l’article 2 du Traité de l’Union européenne modifié par le futur traité modificatif. L’Action française n’est pas démocrate, jamais nous n’avons accordé au suffrage universel employé au niveau national un réel crédit. « Nous ne croyons pas à la souveraineté du peuple. Nous n’y croyons pas parce qu’elle n’existe pas » écrivait Maurras dans Mes Idées Politiques. Nous nous sommes réjouis le 29 mai 2005 de la victoire du « non » au référendum parce que nous y avions vu un moyen de ralentir voire stopper le processus fédéraliste européen. Mais, si le « oui » l’avait emporté, nous n’aurions accordé aucune valeur à ce résultat. Nous ne sommes pas démocrates, nous sommes corporatistes : nous pensons que la liberté ne peut exister qu’au sein de corps et de communautés naturellement constitués qui sont ensuite fédérés sous la puissance étatique du roi. Aussi, il nous apparaît illusoire de penser au travers du suffrage universel, fondé sur le principe atomisant de l’individualisme et traduisant une conception fausse de la nation, la nation jacobine et révolutionnaire.
Mais les européistes, eux, se targuent, d’être démocrates. La démocratie est présente partout dans les textes de l’Union européenne : les traités, la charte des droits fondamentaux, la Convention européenne des droits de l’Homme à laquelle le traité modificatif fait adhérer l’Union européenne…
Voici donc ce paradoxe : les européistes prétendent nous imposer en décembre un texte, pourtant rejeté par deux nations européennes par le biais d’un référendum (et il est fort probable que ce chiffre fût plus élevé si d’autres Etats avaient accepté le référendum plutôt que la voie parlementaire), texte qui prône comme valeur de l’Union… la démocratie.
Nous disions que le masque des élites volait en éclat : le 29 mai 2005, la nation française rejette le projet de traité établissant une constitution pour l’Europe. En décembre 2007, le même texte rebaptisé et présenté sous une autre forme sera ratifié à Lisbonne par le président de la République, avec la bénédiction de l’immense majorité des journalistes et politiciens français. S’il fallait encore une preuve de l’existence d’une coupure entre le pays réel et le pays légal… Nous regretterons simplement le manque de combativité du pays réel.
Il est temps peut-être de regarder les choses en face : les européistes ne sont pas plus démocrates que nous. La démocratie ne les intéresse que lorsqu’elle les sert. Si elle cesse d’aller dans le sens de leurs intérêts, ils ont recours à une autre « procédure, » plus indirecte, plus éloignée du peuple. Ce n’est pas fondamentalement un tort : les royalistes d’Action française ne pensent pas que la démocratie soit une source réelle de légitimité. Nous lui préférons la légitimité historique qui s’incarne dans les services rendus par enracinement. Mais n’y-t-il pas un paradoxe chez ces européistes qui brandissent l’étendard de la démocratie pour justifier leur politique et qui marchent dessus lorsqu’elle les gène ?
Au fond, les européistes ne sont démocrates que par opportunisme, ils sont avant tout des libéraux progressistes et en témoigne toute la structure philosophique et juridique de l’Union Européenne, fondée sur le libre échange, la libre circulation et la protections de « droits fondamentaux » individualistes, au détriment de plus en plus de toutes considérations de bien commun ou de politique d’intérêt général (mais n’est-ce pas inévitable dans le cadre d’une entité qui ne peut représenter les intérêts des nations qu’elle prétend régir, puisque ceux-ci sont parfois contradictoires voire antagonistes.) Et les nations, bien sûr, font horreur à ces libéraux puisque, par essence, les individus ne choisissent pas leur nationalité. L’idée de nation fait trop appel à la notion de devoir et peut-être pas suffisamment à celle de « droit de choisir, » voilà sans doute ce qui est gênant pour eux.
La démocratie n’intervient dans ces considérations que comme appui, comme quête de légitimité et, le plus souvent, elle les sert efficacement puisqu’elle est, par essence, la forme politique du libéralisme… même s’il peut arriver que l’outil ne serve plus son maître convenablement… lorsque le peuple, dans un sursaut de rejet (que les médias qualifieront sans vergogne « d’irrationnel ») ne suit plus les consignes de vote.
Alors quoi ? Si ces européistes ne sont pas démocrates, au nom de quoi peuvent-ils justifier désormais leur construction européenne ? La démocratie avait au moins l’avantage, par le résultat des votes (souvent voire toujours manipulés par la ploutocratie politico-médiatique) de procurer un semblant de légitimité à cette éradication des nations menée depuis des décennies. Et maintenant, au nom de quoi ? La prospérité ? L’euro n’a pas tenu ses promesses et les nations européennes qui se tiennent résolument en-dehors du marché commun ou de la monnaie unique sont celles qui s’en tirent le mieux. La sécurité de l’Europe ? Qui peut parler de sécurité quand les frontières ne sont plus gardées et que la Commission européenne se fait le chantre, avec le parlement européen infesté par les lobbies, de l’immigration massive ? Non, l’Europe se révèle incapable d’offrir aux Européens des exemples de véritable réussite… et, manque de chance, elle ne peut même plus se légitimer par la démocratie !
Il va être, avec le temps, de plus en plus difficile pour un européiste de se justifier. Mais, la seule chose qui peut chagriner cependant les nationalistes français, c’est que l’Europe encore longtemps légitime aux yeux de nos concitoyens… non pas parce qu’elle apporte la paix ou la démocratie, non pas parce qu’elle protège ou assure la prospérité et non pas parce qu’elle humanise la politique… mais uniquement parce que, depuis maintenant des décennies, nous sommes biberonnées de propagande euro-mondialiste et anti-nationale. L’Europe ne sera pas combattue pas nos contemporains parce que la propagande a effacé la France de leur avenir. L’Union européenne leur semble être l’avenir… parce qu’elle occupe la place que la France a évacué. Peu importe que l’Union européenne ne soit qu’une immense arnaque (et pas forcément la pire de ce siècle d’ailleurs), du moment que, à la télé, dans nos universités, dans les arènes politiques, l’on nous en vante en permanence les mérites, un peu comme si l’on cherchait désespérément à se convaincre que cela puisse marcher alors que tout semble prouver le contraire. Et pourtant, il suffirait de tellement peu, à qui s’en donnerait la peine, de voir que la France est toujours là… et qu’elle représente elle aussi un avenir, un avenir qui a fait ses preuves… dans le passé !
Doumenge Mistral
novembre 7th, 2007 à 18:40
ca c’est du pavé!
novembre 11th, 2007 à 1:46
bien bien.
Sauf que le libéralisme ne va pas avec la démocratie. L’un repose sur la souveraineté nationale, l’autre du peuple.
novembre 12th, 2007 à 21:18
Partisan Blanc, arrête de dire des bêtises. Le libéralisme s’accomode parfaitement de la démocratie lorsqu’elle est indirecte. La démocratie est, par ailleurs, une forme politique de libéralisme puisqu’elle institue la supériorité des passions du moment sur les nécessités intemporelles par la notion de “souveraineté du peuple.”