La sauvegarde de la langue(1)

La faculté de langage est primordiale pour les êtres humains. Elle a accompagné l’apparition mais aussi le développement de notre espèce, et avec la langue fut permise la fondation d’une part de notre identité. Il y a environ deux millions d’années apparaissait l’homo habilis, l’un de nos lointains ancêtres. Les anthropologues affirment que les homo habilis ont formé une « culture de galets aménagés » et qu’ils seraient ainsi les premiers êtres vivants à créer des objets. Il faut y voir ici l’une des origines de l’apparition des langues.

En effet, l’invention et la transmission des techniques de fabrication de ces objets ont favorisé la création d’une vie collective et ont enrichi le langage : cela témoigne de l’émergence de la conscience et de la réflexion qui prennent alors le pas sur l’émotion. La complexité de la faculté de langage serait alors une victoire sur l’émotionnel, et tandis qu’aujourd’hui l’expression de l’émotion ou du sentiment semble s’accroître jusqu’à devenir l’élément prépondérant de notre modernité, nous ne pouvons que constater la tendance à l’appauvrissement de notre langue.

L’apparition de cette faculté de langage (avec l’homo erectus) s’accompagne d’un développement de la boîte crânienne et notamment des zones liées au langage…mais aussi à la mémoire. La langue et la mémoire, deux éléments interdépendants. Il convient donc de mesurer l’importance de la sauvegarde de notre langue, aussi bien dans la conservation d’une part de notre identité personnelle (capacité à parler avec soi, sur soi, pour soi) que dans celle d’une part de notre identité collective, à travers la mémoire, à travers l’Histoire qui nous est commune, et qui permet de soutenir l’union d’une communauté d’individus.

Car le langage permet d’unir. Nous l’avons vu, il y a monogénétisme de la faculté de langage : celle-ci est propre à l’ensemble des êtres humains. Néanmoins, ce monogénétisme s’oppose au polygénétisme des langues : il y a diversité originelle des langues. Cela permet donc l’union d’une communauté d’individus, mais permet également de marquer la différence dans l’ensemble des communautés, une différence naturelle : une langue commune à tous n’a jamais existé.

Ainsi, cela illustre parfaitement cette citation de Joseph de Maistre dans les Considérations sur la France : « Il n’y a point d’homme dans le monde. J’ai vu dans ma vie des Français, des Italiens, des Russes; je sais même, grâce à Montesquieu, qu’on peut être Persan ; mais quant à l’homme, je déclare ne l’avoir rencontré de ma vie; s’il existe c’est bien à mon insu. » Préserver notre langue, c’est donc préserver une part de notre singularité.

(à suivre)

D.Julien

Un commentaire pour “La sauvegarde de la langue(1)”

  1. Catoneo dit :

    La diffusion d’une langue mesure la puissance intellectuelle, la puissance économique, la puissance militaire.
    Les deux dernières sont gravement entamées, la première attaquée de toute part. Il faut travailler à redonner de la puissance au pays par tous moyens, même réfléchis(?!), la revitalisation de la langue nous sera donnée de surcroît.

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