Le Rameau d’or


Avec Le Rameau d’or, écrit au début du XXème siècle, l’anthropologue britannique James George Frazer a eu un succès sans précédent de son vivant. Il fonde la mythologie comparée et s’intéresse à divers faits sociaux et religieux qui vont lui permettre de faire de son œuvre un ensemble dense et érudit.

Le Rameau d’or est construit comme une enquête policière puisque Frazer cherche à y résoudre une énigme. Il part ainsi d’une histoire vraie : à l’époque romaine existait un temple de Diane dans lequel vivait un prêtre-roi. N’importe qui peut alors lui succéder, mais il doit d’abord le tuer et couper une branche de gui qu’on appelait Le Rameau d’or. Frazer s’interroge alors : pourquoi doit-on tuer le prêtre, et pourquoi faut-il cueillir un rameau d’or ?

L’anthropologue remarque qu’en réalité ce genre d’homicides n’existe pas dans l’Antiquité grecque et romaine. Il amasse ainsi de nombreuses autres histoires de diverses nations et les compare. Il remarque, par exemple, que cette coutume existe au Cambodge : il est nécessaire de tuer pour succéder aux rois. Des histoires similaires existent notamment en Ethiopie, au Soudan…mais aussi en France : n’a t’on pas tué le roi, Louis XVI, lors de la Révolution française ?

Quel est donc le but qui soutient cet acte meurtrier ? Frazer montre que cette pratique est en réalité courante et qu’il ne s’agit pas d’un meurtre gratuit : c’est une manière de faire succession. « Le meurtre devient le moyen de faire circuler le pouvoir ». C’est en effet le passage d’une personne âgée à une personne jeune, c’est à dire de la faiblesse à la force.

Mais pourquoi cueillir une branche de gui ? Frazer s’interroge, et retrouve quelques mythes scandinaves qui expliquent que le gui n’est pas en contact avec la terre. Il n’est donc symboliquement pas souillé par le monde terrestre, il est l’incarnation des dieux : couper une branche de gui, c’est s’approprier le pouvoir des esprits.L’on peut donc percevoir ici l’articulation nécessaire du souverain entre pouvoir spirituel et temporel, et cela par la distinction entre le monde terrestre et le monde céleste, entre le corps du prêtre-roi et le rameau d’or. L’on pense ainsi au De Civitate Dei contra paganos de Saint Augustin qui oppose la cité terrestre à la cité céleste. Le devoir d’un souverain est ainsi d’assembler ces deux mondes, ces deux pouvoirs, nécessaires au bien-être d’une communauté et à l’unité d’une nation.

Et qui d’autre que le Roi pourrait représenter cette unité, cet équilibre, au-delà des intérêts particuliers ?

21 janvier 1793 : Louis XVI, Roi de France, est guillotiné. Mais qu’en est-il de la succession ? 361 voix avaient voté la mort du roi. Le temple ne suffit pas à les accueillir tous, les affrontements partisans pour le pouvoir vont briser l’unité française. Au dehors il n’y a plus que ruine, et le rameau d’or semble avoir disparu : cette masse d’hommes a piétiné cet espace fleuri qu’était la France.

Il est temps qu’un successeur légitime, le Roi, puisse enfin reprendre la direction du pays. Il est temps de tuer ces faux rois républicains, et de restaurer le lien nécessaire entre spirituel et temporel. Alors pourra renaître le rameau d’or, alors reviendra le temps des lys blancs.

Beldurian

3 commentaires pour “Le Rameau d’or”

  1. deker dit :

    C’est un des deux livres sur la table du colonel Kurtz dans Apocalypse now… l’autre etant un livre de TS Eliot… the golden bowl…

    Tres bel article…

  2. Catoneo dit :

    Superbe.

  3. DB dit :

    Passionnant, je cours chez mon libraire…

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