« Ma machine à laver est sous-payée ! »

Les grands patrons sont avant tout des êtres sensibles. Nous avons eu tout le loisir d’apprécier dernièrement la sincérité de leurs sentiments quand, au cours des longs et nombreux passages télévisés et radiodiffusés gracieusement accordés par les grandes centrales médiatiques, ils redoublèrent de tardives attentions à l’égard de ceux qu’ils appelaient « leurs employés » et qui n’avaient d’employés que le nom. Des trémolos dans la voix, ils nous expliquaient comment ils en étaient venus à embaucher des clandestins, et n’ayant jamais douté de la bonne foi de ceux-ci ils revendiquaient qu’on ne doutât point de la leur.

D’ailleurs, la campagne médiatique que nous subissons depuis déjà plusieurs semaines n’est pas finie, et le MEDEF, par le biais de chaînes complaisantes et de militants rôdés aux arts de la comédie, est en ordre de bataille. Peut-être ces derniers commencent-ils tout juste à se lasser. Ainsi de cette chef d’entreprise qui, pour justifier de n’avoir jamais vérifié l’identité de ses sous-traitants, racontait sans rire que « pour moi ma femme de ménage, c’est comme si j’avais une machine à laver ». Par cette phrase anodine, elle révélait toute une conception sociétale de l’individu, aux conséquences terribles ; en effet :
1) on préfère toujours acheter des machines étrangères que des machines françaises… si elles durent moins longtemps, leur coût est nul, elles n’ont pas besoin d’entretien et on en fait ce qu’on en veut ;
2) les machines à laver ne se plaignent pas d’être exploitées, car, elles le savent bien, quand une machine à laver ne fonctionne plus assez bien pour son propriétaire, celui-ci en rachète une autre.

Laissez-moi douter que le téléspectateur se trouvât encore l’énergie de rabrouer l’esclavagiste à travers sa lucarne. Elle n’est pas faite pour ça. C’est ainsi que, à notre insu, nous sommes constamment victimes d’un matraquage mental qui peu à peu aliène nos esprits et nous enferme dans les schémas utilitaristes du monde moderne, qui plus est sous couvert d’humanitaire.

Dans cette même veine, la vidéo qui suite nous montre bien ce qui pousse les maîtres du Capital à chercher leurs « associés » ailleurs plutôt qu’en France.

(la vidéo, à cette adresse )

Certes, aujourd’hui c’est la dernière vague d’immigration qui profite de la situation, fils ou petits-fils d’immigrés maghrébins qui ont conservé l’esprit « prêt à tout pour survivre » des aïeuls. A certains, les inconvénients du chômage perpétuel ont fait retrouver une humilité d’antan face à des employeurs ravis. Mais le système de précarité sociale si apprécié des grands patrons, c’est comme la bicyclette, et « la Révolution » : si elle s’arrête, elle tombe. Quand l’un de ces jeunes des banlieues en aura marre de se faire exploiter -on le voit déjà- et de participer à la casse sociale française, il n’est pas douteux qu’on le remplacera par quelqu’un issu d’une vague migratoire plus récente… quelqu’un de plus servile ; un clandestin.

Reinelde 

2 commentaires pour “« Ma machine à laver est sous-payée ! »”

  1. LEPAGE dit :

    tous ces patrons voyous devraient être en taule pour trafic d’êtres humains. et ces derniers ramenés chez eux avec le respect que l’on doit.

    mais la perversité est la norme aussi celui qui risque d’etre embastillé sera celui qui la ramène un peu trop dans ce sens.

  2. Saucourt dit :

    Excellent billet !
    Bravo Reneilde !
    La vidéo fait froid dans le dos…
    Cela donne des envies de fessées déculottées pour cet ignoble personnage…

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