Le débat Royal-Besancenot : panorama de la gauche française.
Dans le chiffon Marianne du 31 mai, deux journalistes ont interviewé à la fois Ségolène Royal, ex-candidate mandatée par le Parti Socialiste à l’élection présidentielle, et Olivier Besancenot, porte-partole de la Ligue Communiste Révolutionnaire, également candidat aux présidentielles.
Ces deux partis politiques sont les plus représentatifs de la gauche en France, puisque l’un a fait 25,87% et l’autre 4,08%.
Ce débat organisé par Marianne, qu’on peut lire sur le site de la LCR ici, est à la fois banal et surprenant. Banal, parce qu’on y retrouve des opinions plutôt connues. Surprenant, parce qu’on y découvre une Ségolène Royal qui ne cache pas son libéralisme, mais aussi un Besancenot plus anarchiste que communiste. Or, il semblait que leurs partis étaient respectivement socialiste et communiste.
Est-ce parce que les étiquettes ont perdu tout leur sens, ou bien la réalité a-t-elle changé ?
Mme Royal commence par nous rappeler qu’elle est entrée en politique par le féminisme. On le saura, elle qui a tenté de se gagner des électeurs en se présentant comme Sainte Mère. On se demande pourtant comment elle fait pour s’occuper de ses quatre enfants, étant donné qu’elle est très occupée, et qu’elle vient de se séparer de son compagnon, François Hollande. Mère modèle, vraiment ?
Elle nous dit également qu’elle voudrait changer l’éducation prioritairement, mais ne nous dit pas en quoi. Une fois de plus, les grands représentants de parti ne manifestent qu’un grand vide politique.
M. Besancenot, quant à lui, insiste sur la révocabilité des élus. Néanmoins, il me semble bien avoir entendu de multiples militants de la « base » se revendiquer du marxisme-léninisme ou du trotskysme, qui est par ailleurs la ligne plus ou moins officielle du mouvement. Et quand on ouvre un livre d’histoire à « Octobre 1917 » et après, ou même si on jette un œil aux écrits de l’agitateur bolchevik, on se demande si le sieur Lénine connaissait ce mot de « révocabilité » des élus. Je ne parle même pas de Trotsky, tyran de Kronstadt, chef de l’Armée Rouge, de la police politique, et bourreau des anarchistes russes.
C’est pourquoi il est très étrange de voir Olivier Besancenot se réclamer non pas de Marx, ni même du communisme, mais de Louise Michel, des anarchistes et de la Commune de Paris. Lavage de cerveau, oubli volontaire ?
En réalité, ce débat exprime peut-être de manière saillante la contradiction inhérente à notre gauche : Ségolène Royal accuse son interlocuteur de vouloir reproduire la tyrannie collectiviste de l’Est, et affirme sans ambiguïtés son libéralisme : « Tous les systèmes collectivistes ont échoué et ont fait le malheur des gens. […] L’économie de marché régulée permet cela, pas une bureaucratie qui déciderait du bonheur des gens malgré eux. »
Evidemment, nous sommes ici plus proches du libéralisme originel que de la pensée libertarienne anti-étatiste au possible. Besancenot rétorque alors qu’ « Il y a un point commun entre les ex-sociétés bureaucratiques de l’Est ou la Chine, et l’économie de marché où le marché fait la loi, c’est le despotisme. » On ne saurait le contredire, nous royalistes qui sommes anti-socialistes et anti-libéraux à la fois. Pourtant, il s’agit bien du représentant de la ligue communiste révolutionnaire. Et notre vrai-faux anarchiste de lâcher : « Je suis favorable à une troisième voie. Un modèle qui n’a pas existé ou qui a existé de façon ponctuelle […] c’est la Commune de Paris. »
Mais Royal ne veut surtout pas être associée au libéralisme dénoncé par la gauche, et explique donc subtilement : « J’ai dit que la conquête des libertés et le socialisme démocratique sont indissociables. […] En revanche, réhabiliter aujourd’hui le libéralisme, c’est prendre les mots et l’idéologie de l’adversaire politique. Cela sème la confusion et cela ne me semble pas judicieux. »
En bref, elle est libérale mais ne veut pas le dire. Pour un maurrassien, il semble complètement abusif d’utiliser comme synonyme de libéralisme « conquêtes des libertés. » La liberté économique totale est l’antithèse des libertés locales, corporatives et multiples.
Au final, Besancenot et Royal semblent s’opposer mais il n’en est rien : le premier annonce clairement « Je revendique un droit à l’ingérence dans l’économie privée ! ».
A la fin de l’interview, on ne sait plus très bien qui est le libertaire et qui est l’étatiste des deux. On sent que Besancenot a du mal à trouver sa voie entre un anarchisme à la française revendiqué, et le lourd héritage de l’Est dont se réclament son parti et ses militants.
Ségolène Royal, elle, est clairement libérale mais souhaite y adjoindre une régulation étatique. Cette position est insuffisante, d’abord parce qu’il n’existe pas une liberté mais des libertés enracinées, ensuite parce que la régulation étatique doit, comme le dit Firmin Bacconier, s’effacer devant la hiérarchie interne aux corporations. L’Etat sert simplement à garantir la fédération des corps qui constituent la société française, et arbitre donc les conflits, mais ne peut pas s’ingérer de manière pesante et durable dans l’économie.
Nous rappellerons également, pour le cas Besancenot cette fois, que la Commune n’a concerné qu’une ville, en l’occurrence Paris, et qu’à l’échelle d’un pays elle est irréalisable. En outre, on comprend mal ce qu’il entend par « mélange de démocratie directe et de suffrage universel ». Un peu d’anarchisme par-ci, un peu de communisme par-là, et après, on regarde ce qu’il se passe.
La Commune fut une expérience décisive, mais rappelons qu’elle s’est dressée à la fois contre l’Empire de Napoléon III mourrant et contre la Troisième République naissante, accusée de mensonge et de lâcheté. Louise Michel, dans sa Commune, histoire et souvenirs, explique que les deux principaux moteurs de la révolte étaient d’abord la faim qui tiraillait les Parisiens, mais aussi la volonté de défendre la Patrie contre la reddition bonapartiste devant l’Occupant, entérinée par le futur président de la République, A. Thiers, lequel avait voulu désarmer les Parisiens, provoquant l’émeute.
Telle est la véritable liberté, qui n’est pas celle du social-libéralisme de Royal ni celle de l’anarcho-communisme de Besancenot : l’indépendance de la patrie et l’autogestion du travail.
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