Archive pour la catégorie 'Culture'

La sauvegarde de la langue(2)

Samedi 17 mai 2008

Comme Joseph de Maistre l’affirmait, il est important de conserver et de respecter la diversité et la singularité des peuples. Entre 4000 et 6000 langues existent aujourd’hui, sans prendre en compte les dialectes ou les patois. Toutefois, l’on peut découper ces langues en plusieurs familles en fonction de leur emplacement géographique. Car s’il y a diversité des langues, c’est qu’à partir de l’homo habilis il y a eu diverses migrations. Le langage s’est ainsi développé en fonction de l’environnement, c’est-à-dire en fonction des différentes conditions de vie, des différents besoins.

La langue est également un élément essentiel dans notre rapport à ce qui nous entoure, dans notre rapport à la réalité. Si les premiers cris sont petit à petit devenus des mots, c’est qu’est apparue cette capacité de l’homme à symboliser, à représenter des objets ou encore des idées. Chaque langue est donc spécifique et nécessaire à son environnement, à son pays, et il serait sans doute nuisible d’adopter la langue d’un autre qui ne serait alors pas en conformité avec notre identité, notre mémoire, mais aussi avec notre milieu.

Et pourtant, nous pouvons aujourd’hui constater l’incessante invasion de langues étrangères en notre pays, et notamment de l’anglais qui tend à supplanter le français, à le déformer, à le remplacer. Il s’agit là d’une lente assimilation d’une partie de notre identité au monde anglophone. La langue reflète en effet cette « occidentalisation » de notre pays, sa soumission à l’identité d’autrui. Cela mène, on le sait, à la perte de toute souveraineté, à la perte de valeurs qui nous sont spécifiques et donc ne saurait agir pour notre intérêt et le bien de notre communauté.

Il ne s’agit néanmoins pas ici d’être exclusif à notre langue et à notre culture. Notre identité nous permet de nous considérer par rapport à l’autre en tant qu’autre, c’est-à-dire en tant qu’identité spécifique : cela permet le respect et la reconnaissance de l’identité d’autrui. Deux types de variation inter-linguistique existent : le bilinguisme et la diglossie. La première est l’utilisation de deux systèmes linguistiques différents placés sur un pied d’égalité. La seconde est l’utilisation de deux systèmes linguistiques différents pour des raisons socio-politiques, avec une langue officielle (publique, véhiculaire) et une langue privée (vernaculaire). S’il convient de ne pas laisser notre langue se faire remplacer, l’utilisation personnelle de deux langues (ou plus) semble tout-à-fait légitime.

À l’échelle du pays, toutefois, il est important de préserver un schéma identique à celui de la diglossie, et de préserver ainsi une langue officielle sans pour autant exclure l’existence d’autres langues secondaires, régionales par exemple. Rappelons-nous ainsi de l’édit de Villers-Cotterêts signé en 1539 par François Ier qui stipule que tous les actes juridiques et législatifs se feront en français. L’existence d’une langue officielle permet d’achever la création d’une identité commune, d’avoir une parole à donner au monde, une culture à propager.

Défendons notre langue, notre mémoire, défendons l’identité française : préservons notre souveraineté !

D.Julien

La sauvegarde de la langue(1)

Vendredi 16 mai 2008

La faculté de langage est primordiale pour les êtres humains. Elle a accompagné l’apparition mais aussi le développement de notre espèce, et avec la langue fut permise la fondation d’une part de notre identité. Il y a environ deux millions d’années apparaissait l’homo habilis, l’un de nos lointains ancêtres. Les anthropologues affirment que les homo habilis ont formé une « culture de galets aménagés » et qu’ils seraient ainsi les premiers êtres vivants à créer des objets. Il faut y voir ici l’une des origines de l’apparition des langues.

En effet, l’invention et la transmission des techniques de fabrication de ces objets ont favorisé la création d’une vie collective et ont enrichi le langage : cela témoigne de l’émergence de la conscience et de la réflexion qui prennent alors le pas sur l’émotion. La complexité de la faculté de langage serait alors une victoire sur l’émotionnel, et tandis qu’aujourd’hui l’expression de l’émotion ou du sentiment semble s’accroître jusqu’à devenir l’élément prépondérant de notre modernité, nous ne pouvons que constater la tendance à l’appauvrissement de notre langue.

L’apparition de cette faculté de langage (avec l’homo erectus) s’accompagne d’un développement de la boîte crânienne et notamment des zones liées au langage…mais aussi à la mémoire. La langue et la mémoire, deux éléments interdépendants. Il convient donc de mesurer l’importance de la sauvegarde de notre langue, aussi bien dans la conservation d’une part de notre identité personnelle (capacité à parler avec soi, sur soi, pour soi) que dans celle d’une part de notre identité collective, à travers la mémoire, à travers l’Histoire qui nous est commune, et qui permet de soutenir l’union d’une communauté d’individus.

Car le langage permet d’unir. Nous l’avons vu, il y a monogénétisme de la faculté de langage : celle-ci est propre à l’ensemble des êtres humains. Néanmoins, ce monogénétisme s’oppose au polygénétisme des langues : il y a diversité originelle des langues. Cela permet donc l’union d’une communauté d’individus, mais permet également de marquer la différence dans l’ensemble des communautés, une différence naturelle : une langue commune à tous n’a jamais existé.

Ainsi, cela illustre parfaitement cette citation de Joseph de Maistre dans les Considérations sur la France : « Il n’y a point d’homme dans le monde. J’ai vu dans ma vie des Français, des Italiens, des Russes; je sais même, grâce à Montesquieu, qu’on peut être Persan ; mais quant à l’homme, je déclare ne l’avoir rencontré de ma vie; s’il existe c’est bien à mon insu. » Préserver notre langue, c’est donc préserver une part de notre singularité.

(à suivre)

D.Julien

Culture et politique(2)

Mardi 13 mai 2008

On n’a aucun pouvoir sur le temps si l’on se contente de scruter ce qui change: la seule manière de pouvoir agir consiste à reconnaître ce qui demeure. Dans le cadre du combat culturel, cette maxime a toute son importance. A vouloir réformer les choses, on oublie souvent que rien ne change de façon spontanée et surtout, qu’en fin de compte, malgré les aléas, les principes intelligemment entendus ne changent en aucun domaine. C’est pourquoi notre étude repose sur les éléments permanents de la culture dans ce qu’elle a d’essentiel, face à quoi nous finirons par nous interroger sur ses variations qui n’altèrent en rien son moteur premier.
Ce point de départ invalide bien logiquement deux formes de considérations: la première, que nous avons écartée dans la précédente partie, est celle qui consiste à dire que la culture doit être considérée séparément du politique; nous étayerons d’arguments notre position ultérieurement.
La seconde, plus terrible encore, est celle qui annonce la vanité de la culture en soi, son inutilité et sa pure réduction à une parodie du dogme et de la connaissance traditionnelle. Il en est d’autres qui, adhérant à la première forme de considération, concluent à la seconde de facto: puisque la culture est indéfectiblement liée au politique, alors elle est vaine et rien ne sert de s’y intéresser; pire encore est de considérer que se pencher sur la culture dans ces conditions, c’est sombrer à coup sûr dans la politique du moment, et se condamner à être un éternel mondain voué à ne rien changer.

Penser ainsi, c’est se laisser prendre au piège de l’exercice discriminatoire de la fonction politique, et devenir l’objet de l’inintelligibilité de son siècle. Au reste, d’accord ou non sur sa légitimité, il est bon de reconnaître que c’est au moyen de l’invasion de la culture par ses chantres que la Révolution a été possible en France d’un point de vue politique et dans ses conséquences démocratiques (1). Nous ne faisons pas mention des campagnes de déchristianisation, mais de cette voie plus invisible et préalable que l’on nomme « l’évolution des mœurs » et qui permet aux chefs d’être suivis dans leurs actes par la multitude. Il faut l’admettre, le courant qui domine la culture est toujours la forme officielle de Gouvernement dans l’esprit des gens, le reste, malgré sa puissance ou sa légitimité supérieure, n’étant jamais qu’une justice extra-culturelle et donc, socialement, une mauvaise justice.
Ainsi, ce n’est pas seulement l’Education Nationale qui est la cause d’une défiance actuelle envers la monarchie; ce n’est pas seulement la façon dont les gens ont appris l’Histoire qui leur fait rejeter certaines réalités. Arriverions-nous à reprendre le contrôle de l’enseignement, parviendrions-nous, plus humblement et plus justement, à contraindre les institutions à l’honnêteté la plus exacte, les gens continueraient, en majorité, à abhorrer les principes extérieurs à ceux de notre temps.
La culture, c’est le paralangage de l’unité sociale; qui comprend cela comprend combien il est nécessaire d’agir par elle. Qui comprend cela dépasse le champ de la “prêche aux convertis” et arpente des salons étrangers aux siens pour écouter, et non pour affirmer. Qui comprend cela entame le pèlerinage salutaire ou plutôt, la « traversée du désert » et s’assimile l’aride fondement social qui fait entendre aux autres la vérité différemment de soi. Il cherche par-delà les mentalités, par-delà les raisonnements, conscient de ces choses qui, extérieures à la raison, sont en mesure de la forger, de la guider, de l’inspirer. C’est, vicieusement, l’action perpétrée par toute oeuvre de propagande ou par sa petite sœur, la publicité; vertueusement, cela devient une forme véritable de justice, lorsque le cœur de celui qui travaille en ce sens est mu par une volonté de changement salutaire. Mais dans cette perspective, l’erreur est si vite arrivée; permettez-moi de citer un homme que l’on considère, à juste titre, comme l’un de nos plus grands adversaires, ce qui ne l’a pas empêché de dire des choses que l’on est en droit de méditer et qui, hors du temps et des querelles de fond, peuvent somme toute nous être adressées et utiles de surcroît: « La grandeur d’un représentant du peuple n’est pas de caresser l’opinion momentanée qu’excitent les intrigues des gouvernements, mais que combat la raison sincère et que de longues calamités démentent. Elle consiste quelques fois à lutter seul, avec sa conscience, contre le torrent des préjugés et des factions. » Maximilien de Robespierre a dit cela.
C’est à dessein que je me suis permis une telle provocation; je n’ai pas grande estime pour les oeuvres de l’homme, et ceux qui me connaissent un peu ne peuvent me soupçonner d’être un robespierriste. Mais dans ces mots qui sont les siens, on trouve assez clairement la solution aux difficultés que soulèvent le fait de chercher à agir dans le domaine culturel: s’agit-il de manipuler les foules, parle-t-on de les dominer malgré elles? Non point. On parle de les diriger, on parle de les inspirer, on parle de poser le rempart entre elles et la violence manipulatrice d’une culture qui serait dominée par des hommes sans scrupules. Suis-je en train de dire que Robespierre n’a pas manipulé les foules? Non, je dis que même lui posait comme force de lutte et comme capacité première d’action en faveur du peuple, cette fondamentale intériorité qui fait l’homme, ce questionnement personnel et intérieur. Allons plus loin dans l’audace: j’affirme que si Robespierre était encore en vie, il serait maurrassien. Je n’ai pas dit: s’il était né à notre époque, je dis bien “s’il était encore en vie” à savoir, avec l’expérience qui fut la sienne, avec les actes qui furent les siens. Il jugerait la culture actuelle, sans nul doute, comme dominée par ces « ennemis de l’intérieur » par lesquels il fut lui-même frappé.

Pourquoi cette démonstration autour de Robespierre? Pour plusieurs raisons, sur lesquelles je reviendrai bientôt; mais en premier lieu, afin de signifier une chose: la « traversée du désert » que j’évoquais, accomplie avec intelligence, pourrait révéler chez ceux qui se croient nos adversaires des accointances qu’ils ne subodorent pas, et faire d’eux des alliés de haute valeur, étant issus d’un autre mode, d’une autre case.
C’est un univers bien peu exploré que celui du champ culturel; on croit volontiers que le combat sur ce terrain-là est inaccessible, face à la puissance croissante des médias et des hégémonies politiques en matière de communication. En vérité, les soldats du camp dominant ce champ de bataille n’ont jamais été aussi faibles dans l’Histoire qu’en cette décennie; ils pensent être à l’abri derrière leurs fondations immenses, derrière leur armée de Goliath… Mais l’empire culturel est à portée de notre main, comme la pierre qui était dans celle de David et qui terrassa le géant. (A suivre)

LYS NOIR

(1) De l’aveu même de Saint-Just, « On craignait Paris, qui chaque jour devenait plus factieux par l’audace des écrivains, l’embarras des ressources, et parce que la plupart des fortunes étaient noyées dans la fortune publique » (L’Esprit de la Révolution, chap.3) On notera que « l’audace des écrivains » est la première des causes énumérées.

Culture et politique

Lundi 12 mai 2008

Il serait aisé ici de se contenter des réflexions coutumières que l’on entend généralement dans les péroraisons sur les liens entre la culture et le monde politique; parmi la masse de textes qui ont pu aborder la question, il est un nombre conséquent qui se contente d’observer le rapport de l’un à l’autre et de le déplorer tout simplement, invoquant le postulat d’une incompatibilité de vues entre les deux. La culture, prétendent certains, a des fondements autrement moins “pragmatiques” (entendez: terre-à-terre) que la politique, ce mal nécessaire dont le moteur central est bien évidement l’intérêt. La culture, disons-le franchement, c’est le “culte” de la société laïque, la base supposée d’une conscience universelle censée justifier les Lumières et les Encyclopédistes qui assimilèrent, dans leur oeuvre intellectuelle, le savoir et la conscience du Tout, la sainte clareté de l’Univers accessible à la Raison et fermée aux mystiques Ténèbres des superstitions… Amen!
Restons sérieux: la culture est non seulement consubstancielle au politique, mais elle n’existe que parce qu’il existe. C’est sur ce postulat que nous nous proposons d’apporter quelques réflexions et nous interroger sur la manière dont l’action militante doit prendre en compte cette réalité si elle veut avancer plus loin encore qu’elle n’avance déjà; car dans le monde culturel aussi, il y a un combat à mener, cedont on convient généralement, mais sans toujours savoir comment s’y prendre.

Nous n’irons pas dans l’interrogation philosophique: la culture que nous évoquons est celle qui permet d’élaborer un ministère à son nom, et les activités qui dépendent d’un tel ministère. En bref, on parle de l’ensemble des activités économiques dont la production consiste à promouvoir et à “faire” de l’art. Ici encore, nous laisserons de côté les réflexions philosophiques pour fonder notre définition de l’art sur sa réalité sociale actuelle: l’art est en fonction une activité sociale, rémunératrice ou bénévole, reposant sur la volonté de communiquer à la communauté, par un exercice décoratif, une certaine idée du bien, du bon, du beau, du vrai ou des quatre. Ceci est vrai pour notre société et notre temps, comme cela l’est pour les autres sociétés et pour les époques antérieures: la mission sociale de l’artiste est de fournir en condensé le spectacle de la justice telle qu’il la conçoit.
La mission de la culture est d’institutionnaliser l’activité artistique ; celle de son ministère, de promouvoir certains artistes au détriment d’autres artistes: contents ou non des critères de discrimination, force est de reconnaître que celle-ci n’a en soi rien de bien choquant. Intellectuellement comme financièrement, on doit dire ici qu’il n’y a pas d’artiste autonome au sens propre du terme et in extenso, la conscience étatique qui voudrait ne rien avoir affaire avec la formulation de la justice exprimée par les artistes de son temps, serait nécessairement et fondamentalement séparée de toute vision de justice: aucun peuple ne suivrait bien longtemps un tel régime.

Avant la Révolution, la société française fondée sur un idéal religieux assimilait la fonction artistique à l’expression de celui-ci; lorsqu’est venu le temps de réprouver ce caractère, on est passé à un mode culturel visant à affranchir la société de cet idéal. Un nouveau mode culturel est apparu alors, sans que la forme change réellement en ce qu’elle est demeurée l’interdépendance des fonctions politique et artistique. Ce mode alternatif et antireligieux a perduré jusqu’à aujourd’hui sans varier d’un iota, même si l’on cherche à faire croire que l’artiste est parvenu à s’émanciper de la fonction politique. A la vérité, les pseudo-révolutions des courants artistiques qui servent à entretenir ce mythe ne révèlent en aucun cas un schisme avéré entre l’artiste et le politique, mais seulement une évolution générale de la société vers une vision spéciale de la justice dont on donnera ici les caractéristiques fondamentales avant que de la qualifier vraiment: l’art moderne est de plus en plus conceptuel, spéculatif, introspectif et individualiste.

L’accès à la culture est double: on a la “culture morte” ou culture de musée, et on a la “culture vivante” ou culture de spectacle.
La première se donne une mission proprement historique: le musée est la mise à mort du temps, tout ce qui y pénètre étant assimilé à un symbole du passé. Le musée, c’est l’”opéra” humain, la compilation des oeuvres toutes égales de toutes les époques, le référent objectif des choses produites par l’homme. Pourquoi donc Auguste Comte voulait-il faire ses temples de l’Humanité, alors qu’ils existaient déjà? Dans un musée, il semble falloir plus de silence que dans n’importe quelle église. On ne comprend pas bien pourquoi tant que l’on ne saisit pas la portée religieuse de ce silence exigé. L’objet, qu’il soit peinture, statuette, ou même urinoir, devient une sorte d’idole qu’on entretient et qu’on protège avec la même assiduité que le Veau d’Or. Dans le musée, on enseigne aux gens l’amour de l’objet, la révérence du jugement empirique par le spectacle de la matière qui est source de compréhension, seul accès probant aux mentalités des siècles antérieurs dont on chérit les productions, mais les productions uniquement. Pire, on cherche souvent à les expliquer par une sorte d’évolutionnisme historique, incluant le passé dans le présent en tant que le présent serait la justification, pour ne pas dire le juge de ce qui fut. Ainsi, on reconnaît aux générations passées une certaine valeur, la possibilité d’accès au “génie”, mais toujours en référence au monde présent qui, bien sûr, est supérieurement capable de reconnaître le génie plus que tout autre, si ce n’est par le futur car, dans la même logique, seul le présent à venir sera le détenteur des mêmes capacités à juger l’actuel présent devenu passé… Tels sont les enseignements de la “culture morte”, la vision artistique induite dans cette action politique: rien de ce qui est passé ne vaut réellement le présent.
Venons-en maintenant à la “culture vivante”, ou culture de spectacle. A l’instar de la langue vivante, ce pan culturel défend l’idée d’une avancée permanente des modes artistiques, un renouvellement continu où le sens de la justice irradie les zones sociales les plus insoupçonnées. La culture vivante, c’est le Léviathan de la contestation; quand elle est admise par le politique, on la nomme “art alternatif”; sinon, c’est de l’”art subversif” dans lequel on viendra peut-être pêcher un jour. L’essentiel ici, c’est que tout un chacun acquiert le désir de s’exprimer par ressentiment.
Ce Janus culturel qui progresse indéfiniment, c’est l’art selon l’hégémonie actuelle: le passé asservi par le présent, et le présent dominé par l’apologie du viscéral, de la passion, du fantasme ordinaire servis par la “culture vivante”, la grande loterie universelle à laquelle chacun est invité à participer afin de rejoindre, peut-être, le Panthéon de la “culture morte” qui offre la postérité dans l’avenir, sentiment d’Eternité.
Or l’avenir, ce peut-être la monarchie; mais pour cela, il faut investir la culture avec cette certitude: si elle ne change pas, rien ne changera.
(A suivre)

LYS NOIR

la France sur les sept mers….

Lundi 28 avril 2008

L’Absinthe

Jeudi 10 avril 2008

« L’Absinthe est une intemporelle boisson, maîtresse des inspirations les plus insolentes comme des folies les plus baroques; elle possède une emprise incroyable sur l’esprit humain. »
Étymologiquement, absinthe veut dire en grec « ce qu’il est impossible de boire » et est synonyme de mort dans l’apocalypse de Saint Jean (Chapitre 8, versets 10 et 11) :
« Le troisième ange sonna de la trompette. Il tomba du ciel une grande étoile ardente comme un flambeau, et elle tomba sur le tiers des fleuves et sur les sources des eaux. Le nom de cette étoile est Absinthe ; et le tiers des eaux fut changé en absinthe et beaucoup d’hommes moururent par les eaux, parce qu’elles étaient devenues amères.”
Vantée pour ses vertus médicinales dans l’Antiquité, l’ Absinthe a toujours été très populaire et était même un élément indispensable de l’infusion des dames du Moyen-Age.

A l’époque de Baudelaire, au milieu du XIXème siècle, le milieu artistique de la bourgeoisie parisienne sortit de ses barrières et de son monde en se jetant dans les bras de la fée verte, propice à l’improvisation et censée libérer la créativité. L’alcool n’est plus seulement qu’une source d’inspiration poétique et romantique, il devient un véritable encrier baroque. Les poètes et romanciers célèbrent les charmes troublants de l’aguicheuse fée verte. L’Absinthe permet à l’auteur de se dépouiller de sa fausse unité, elle lui permet de ne plus être maître de soi; il fréquente des espaces inconnus de l’esprit humain, des espaces ou une lucidité et un génie des plus fulgurants côtoient la démesure la plus sauvage. L’esprit humain vole dans un monde parallèle ou il n’est plus soi, mais est, par éclairs, prince de ses nuits.
La fée verte accompagne son amant du soir dans un vol de nuit perturbé parfois par un tourbillon de génie.
Blondin, Verlaine, Nimier ou encore Céline : les plus insolentes et acérées des plumes de la littérature ont été trempées dans l’Absinthe verte. Leurs oeuvres sont marquées par une esthétique allant de pair avec une quête d’ivresse, de vitesse, d’un vertige au cœur du monde moderne que l’écriture va tenter d’incarner.
Ces écrivains aujourd’hui maudits, jetés aux oubliettes républicaines, ont perdu dans l’alcool leur dignité humaine, pour la retrouver par le biais de l’entreprise de rédemption qu’est l’écriture.

Maudit, Nimier l’était. Il disparut au volant d’un bolide vrombissant, en pleine gloire et en transgressant les réglementations républicaines de vitesse. Il inscrit son nom dans les cieux, aux cotés de Saint-Exupery ou Drieu la Rochelle, au panthéon des princes de la nuit.

Force est de constater qu’aujourd’hui la prohibition a bien joué son rôle, et avec une certaine élite de comptoir, l’absinthe a peu a peu sombré dans l’oubli. L ‘aristocratie littéraire n’est plus, les princes s’en sont allés et ont laissé leur place à des plumes noyées dans l’égalitarisme le plus abjecte, amantes de Cocaïne et Ecstasy ; érigant la masturbation et le terrorisme intellectuel en saintes valeurs.

Savez-vous ce que le bon sens populaire a répondu en 1915 (année d’interdiction de l’Absinthe) au cours d’une conférence antialcoolique, par la bouche d’un ouvrier ?

C’est que l’Absinthe n’est pas faite pour les chiens, voilà tout !
Il ne faudra pas s’étonner qu’une réhabilitation des écrivains maudits, de “ces aristocrates des lettres” comme nous les nommons, s’allie à une réhabilitation de l’absinthe, dont la symbolique incarne nombre de nos combats. Culture, Fraîcheur et Impertinence ont forcément des effluves de fée verte.

Pierre. R

[Paris] Conférence jeudi 10 avril 2008

Mardi 8 avril 2008

photo: les manants du Roi
Jeudi 10 avril 2008 à 20h00

conférence de François-Marin Fleutot organisée par l’Alliance Royale
Treize siècles de symbolique royale

Au centre Saint-Paul,
12, rue st Joseph 75002 Paris
La conférence sera suivie d’un buffet.

Participation aux frais : Plein tarif : 4€

Etudiants, chômeurs, ecclésiastiques : 2€

Dîner-débat de l’Af des Hauts-de-Seine du 11 avril 2008

Vendredi 4 avril 2008


Vendredi 11 avril 2008, à 20 h 00, dîner-débat autour du thème
“Dieu et le roi, Maurras et et l’abbé Penon” avec M. Axel Tisserand, historien et animateur du site lanationfrancaise.net, à l’occasion de la sortie de son livre:”Dieu et le roi”, correspondance entre Charles Maurras et l’abbé Penon (1883-1928) aux éditions Privat

Au Restaurant “Le Bolero de Ravel”
37, rue Gabriel Peri, 92300 LEVALLOIS-PERRET
Métro Anatole France - bus 174

Participation : 25.00€ (étudiants, Lycéens : 16.00€)
Chèques à l’ordre de Mme Castelluccio

Inscriptions avant le 04 avril auprès de
Mme Geneviève CASTELLUCCIO
46, rue Gabriel Péri, 92300 LEVALLOIS PERRET
Renseignements : 01 47 57 05 81

Je me souviens… Vive le Québec, vive le Canada français !

Jeudi 3 avril 2008

La Société Saint Jean Baptiste de Montréal, représentée par la “Délégation François 1er” regroupant ses membres français vous invite à participer à une réunion d’échanges et de débat sur le 400ème anniversaire de la fondation de Québec.

Mardi 8 Avril à 19 heures
au Café Québécois
30 rue Lacépède, dans le 5ème
Métro Place Monge

Au menu : Information sur l’opération “Donnons le nom de Québec à une rue de notre ville” relançée maintenant que les élections municipales sont passées ;

Information sur le programme des festivités du 400ème anniversaire ; quelle place pour les associations libres dans un paysage verrouillé par les institutionnels ?

Préparation au voyage à Québec autour du 15 Août à l’occasion de la “Conférence des Peuples de Langue Française” : organisation, inscriptions ;

Projet de célébration de la “Nouvelle France” en 2009 ; idées diverses, dont celle d’un colloque académique à Brouage

Perspectives de la politique extérieure française vis à vis du Québec et du Canada ; que dira Sarkozy en Octobre prochain ? Quel bilan de la “non ingérence, non indifférence” ?

Agenda québécois : journée des patriotes, fête nationale…

Entretien exclusif avec Henry Bogdan sur Marie-Antoinette

Jeudi 3 avril 2008

Marie-Antoinette fut une femme très moderne, et frappe les imaginaires par son destin tragique, elle qui naquit si belle et si favorisée par le destin… Elle occupe la vedette des mois après la sortie du film de Sophia Coppola, avec une exposition au Grand Palais qui s’achève, la une de Valeurs actuelles d’il y a quelques semaines… et la vogue glamour et bling-bling, dont elle fut comme une devancière, le mauvais goût et la vulgarité en moins… Bref, comme le disent les contemporains Marie-antoinette est in. Nous avons choisi d’en faire ici un portrait politqiue en Interrogeant le meilleur spécialiste des Habsbourg… Henry Bogdan

Henry Bogdan est agrégé d’Histoire et diplômé des Langues Orientales. Il est le meilleur spécialiste de la Mittelleuropa, de l’Europe centrale et orientale, en particulier de la question des minorités nationales. Il a publié de nombreux ouvrages dont une Histoire des Habsbourg. Il vient de publier une Histoire de la Bavière aux Éditions Perrin qui lui a valu la bénédiction apostolique du Pape Benoit XVI.

Action française: M Bogdan, parlez-nous des années de jeunesse de Marie-Antoinette en Autriche.
Henry Bogdan : Maria Antonia Josepha Johanna de Habsburg-Lorraine est née en 1755, elle est la quinzième des seize enfants de Marie-Thérèse et de François Ier d’Autriche. Marie-Antoinette reçoit une éducation plus laxiste que celle de ses aînés. Elle est paresseuse et joueuse comme une enfant. Cependant, elle s’éprend de musique, d’art, de théâtre et de danse. En témoigne ses contacts avec le jeune Mozart. Elle ne reçoit pas de formation politique. Ce sont plutôt les garçons qui bénéficient d’une formation poussée : Joseph II parle cinq des langues de son empire danubien.

A.F. : On a dit que Marie-Antoinette qu’elle parle peu et difficilement le français ?
H.B. : Elle le parle avec un fort accent tudesque mais elle le parle bien et l’écrit parfaitement. Lorsqu’il est question du mariage avec le dauphin Louis autour de 1765, l’abbé Vermond, un protégé de Loménie de Brienne, devient son précepteur et confesseur. Il la prend en charge jusqu’à son mariage en 1770. Il lui enseigne l’Histoire et la littérature françaises, ainsi que l’étiquette de la Cour.

A.F. : Comment est la vie à Vienne ? Quelles différences avec ce qui l’attend à Versailles ? Pouquoi ce mariage ?
H.B. : L’étiquette de la cour de Vienne est souple et assez simple : les enfants cavalent dans les appartements sans retenue. Tout le contraire de Versailles. Au palais de la Hofburg la vie de famille, la vie privée même y sont très importantes. La vie habsbourgeoise est à la fois provinciale, proche de la nature et des choses de l’esprit. Elle est également familière du peuple : la population viennoise se promène dans les jardins de Schönbrunn. Lorsqu’elle arrive à Versailles, la dauphine a du mal à s’habituer à la complexité et à la rouerie de la vieille cour. Son incompréhension du système politique français et de ses intrigues vient aussi largement du fait que la monarchie habsbourgeoise n’est pas une monarchie absolue : son système administratif y est beaucoup plus simple qu’en France. Versailles est alors un véritable caravansérail, où vivent dix mille personnes !
François Ier met ce mariage au service de sa politique de réconciliation des Habsbourg et des Bourbons pour faire face aux ambitions de la Prusse et de l’Angleterre… C’est la conséquence logique du renversement des alliances en 1756. La France et l’Autriche enterrent la hache de guerre exhumée par les Valois et Charles-Quint. Ainsi se noue une alliance plus logique, entre deux monarchies catholiques. Les soi-disant hommes des Lumières ont dénoncé cette politique qui rompt avec le front prétendument « moderne » représenté par la Prusse de Frédéric II Hohenzollern, mais qui s’oppose aussi à l’anglomanie des Voltaire et consort.

A.F. : Sans héritier à offrir à la France et considérée comme une étrangère, la reine devient la cible des chansons et libelles qui circulent à Paris. Cette campagne de dénigrement avait-elle une origine politique ? A qui cela profite-t-il ?
H.B. : A l’Angleterre, avec laquelle il y a un contentieux important. Aux Orléans qui lanceront le cri d’horreur « l’Autrichienne » pour nuire à la branche aînée des capétiens. On émet l’hypothèse que les frères du roi n’y étaient pas étrangers. L’absence d’enfant s’explique par sa vie adolescente, qu’on lui a beaucoup reproché, même si les dépenses que lui impute la légende noire ont été très largement exagérées. Conformément à une tradition habsbourgeoise elle se comporte en mécène : elle subventionne sur ses deniers Mme Vigié-Lebrun, Gluck ou encore Grétry. Elle ne faisait pas que dilapider des fortunes aux jeux comme on le raconte dans les écoles. Comme les Habsbourg le font depuis le XV ème siècle, elle entretien les artistes de son temps. La France a alors perdu son rôle de puissance militaire, mais elle occupe la toute première place en Europe. Tous les princes veulent avoir des constructions sur le modèle du Trianon. Puis, il y a la langue. Elle a contribué au rayonnement de la France, qui est alors la première parmi les nations.

A.F ; On a beaucoup glosé sur ses relations avec son mari. On l’accuse d’avoir des amants, son beau-frère le comte d’Artois, mais surtout le comte suédois Hans Axel de Fersen…
H.B. : Fersen reste un mystère. Fersen est amoureux de la reine, cela ne fait aucun doute et la reine aime sa compagnie. En 1783, il obtient la charge honorifique du Royal-Régiment Suédois et fait partie du cercle étroit de la souveraine. Cependant, il n’existe aucune preuve d’une relation intime entre le beau Suédois et la reine de France. C’est toujours facile de salir, on peut dire tout et n’importe quoi : il y a alors beaucoup de médisances, d’implications politiques, un climat prérévolutionnaire. Je crois plutôt à un amour platonique. Elle passe beaucoup de temps au petit Trianon pour fuir la cour, ses intrigues et son cérémonial guindé. L’atmosphère romantique, d’origine germano-danubienne, lui sied d’avantage, avec son retour à la nature qui prend alors la forme de jeux rustiques. C’est aussi un retour à son enfance, faite de joies familiales et de plaisirs bucoliques.

A.F. : Cela ne l’empêche pas de tenter d’influencer la politique du roi, de faire et défaire les ministres… Quel rôle politique peut-on lui assigner ? Quant Marie-Antoinette commence-t-elle à témoigner d’un sens politique ?
H.B. : Marie-Antoinette joue un rôle politique limité. Elle se fait l’écho de l’ambassadeur autrichien Mercy-Argenton qui veut que la reine pousse à une politique favorable à l’Autriche. Elle se mêle aussi de querelles de personnes. Sa correspondance nous apprend qu’elle est dépourvue de culture politique et qu’elle est manipulée par sa famille. C’est-à-dire d’abord sa mère et ses frères, Joseph II, puis Léopold , a qui elle demandera du secours et qui lui ont fait savoir qu’ils ne l’aideraient pas. Ses frères sont alors appelés ailleurs par les affaires polonaises ou encore par la succession de Bavière. De plus, Joseph est un despote « éclairé », ouvert aux idées nouvelles, dans la mesure où elles ne sont pas contagieuses. Ce n’est qu’à la mort de Louis XVI que se recréée une solidarité monarchique.
Lors de l’affaire du Collier, Marie-Antoinette pour se disculper dira « La France a d’avantage besoin de navires que d’un collier ». Elle témoigne là d’un sens de l’État qui lui vient peu a peu. Elle s’est assagie et pris ses responsabilités. On peut voir l’effet des remontrances prodiguées par sa mère afin de la voir tenir son rang et de ne pas se laisser guider par sa seule spontanéité.

A.F. : Quel rôle Marie-Antoinette a-t-elle joué pendant les évènements révolutionnaires ? Que dire de son attitude pendant la guerre ?

la suite dans le prochain numéro de l’Action française. En kiosque jeudi 3 avril. Pour s’abonner, par ici.

Tu connais pas Maurras ? (2)

Lundi 10 mars 2008

Tu connais pas Maurras ?

Mercredi 5 mars 2008

[CJB-Paris] Café politique du 6 mars 2008

Mercredi 5 mars 2008

Jeudi 6 mars 2008
Le Cercle Jacques Bainville aura l’honneur de recevoir Jean-François Colosimo qui parlera du thème : La Russie est elle Barbare ? Autour de son dernier livre “L’Apocalypse russe”

Au News Café 78, rue d’Assas Rdv 19h30

Le cercle sera suivi d’un diner clandestin pour ceux qui le veulent.
Venez nombreux.

www.cjb-assas.new.fr

Chanson du Kosovo-Métochie

Samedi 1 mars 2008

Nos maîtres: Miloš Obilić

Jeudi 28 février 2008

Miloš Obilić est né à Bresno Polje.Chevalier serbe de la principauté de Zeta (actuel Monténégro), il est devenu une figure majeure de la poésie épique serbe après la bataille de Kosovo Polje connue comme la bataille du champ des merles. Ses frères de sang étaient les chevaliers Milan Toplica et Ivan Kosančić et sa fiancée Mara la fille du prince Lazar. Il est parfois considéré comme lié à Djuradj II Stracimirović, de la dynastie des Balšić. Il fut le fondateur de l’Ordre du Dragon de Saint-Georges dédié à la lutte contre l’empire Ottoman.

Pendant la bataille du Kosovo en 1389, il passa à travers les lignes turques, pour arriver jusqu’à la tente du sultan Murad Ier, qu’il tua avec un poignard qu’il avait caché dans ses vêtements. Lors de la bataille, il se serait rendu jusqu’au camp ottoman, en prétendant vouloir se rendre, afin de tuer le sultan et de désorganiser ainsi le camp ennemi. Il aurait accompli ce geste afin de laver son nom des fausses accusations de traitrise que Vuk Branković - un grand seigneur marié à l’une des filles du prince Lazar et rival d’Obilić - aurait proféré à son encontre et pour prouver sa fidélité au prince Lazar.
La bataille du Kosovo Polje et l’ensemble des évènements qui la composent se sont enracinés profondément dans l’histoire, la littérature et la conscience nationale des serbes et, plus globalement, des autres peuples slaves des Balkans. Ceci est aussi le cas pour le sacrifice de Miloš Obilić qui, en allant assassiner le sultan turc, est allé vers la mort et s’est sacrifié pour son peuple et pour la défense des chrétiens contre les attaques de l’islam.
La tradition populaire voit en Miloš le modèle du héros qui est prêt au sacrifice ultime, pour défendre son peuple et sa foi. Son image a encouragé les combats ultérieurs contre la domination étrangère.
Dans les épopées et les légendes populaires, Miloš Obilić est célébré comme un héros à la naissance et à la force surnaturelles. Il montait un cheval extraordinaire nommé Ždral. Lors de la bataille du Kosovo, Miloš aurait été capturé par une créature démoniaque ressemblant à une sorcière ; celle-ci aurait indiqué aux trucs comment tuer son cheval et elle leur aurait indiqué qu’Obilić cachait les clés de son armure dans ses moustaches.
Miloš Obilić est mort décapité le 28 juin 1389 lors de la bataille de Kosovo Polje.

Пркосна песма -

Jeudi 28 février 2008

Souviens-toi du Kosovo-Métochie !!

[Paris]Conférence du vendredi 1er février

Jeudi 31 janvier 2008


Vendredi 1er février 2008 à partir de 19h15

Conférence par Sebastien de Kererro sur “L’Islam”.

10 rue Croix-des-Petits-Champs 75001 Paris

M Palais Royal ou Louvre Rivoli.
Le cercle sera suivi du verre de l’amitié.
entrée libre.

Maistre contre Hume : un procès en règle

Vendredi 25 janvier 2008

Commentaire de la Lettre VI sur l’Inquisition espagnole à un gentilhomme russe

Joseph de Maistre, 1815

Les deux hommes sont philosophes, historiens et hommes politiques. Mais tandis que l’un est anglais, athée et libéral ; l’autre est français (savoisien), ultramontain et royaliste.
Joseph de Maistre (1753-1821), quasi-contemporain de David Hume (1711-1776), a sévèrement critiqué ce dernier dans sa sixième lettre sur l’Inquisition espagnole, adressée à un comte russe.
Ce passage polémique contre Hume est en fait une digression ; c’est l’Angleterre et les anglais qui sont visés par Maistre à travers le philosophe empiriste pour avoir déclaré que l’Inquisition espagnole était « honteuse ».
On le sait, Maistre était un adversaire farouche des Lumières françaises. Hume fait partie des philosophes du Scottish Enlightenment, les lumières écossaises, et ne pouvait manquer d’être attaqué par Maistre, surtout que par certains côtés toute la philosophie française des Lumières est humienne.
L’écrivain royaliste s’est choisi un ennemi à sa mesure : il qualifie Hume de plus grand ennemi de la religion produit par le XVIIIè siècle. Avec un style élégant, ironiste et ravageur, il parle du « venin glacé » du penseur écossais, comparé à la « rage écumante » de son confrère français, Voltaire. Si ce dernier était pris de violentes passions contre la religion chrétienne (« écrasez l’infâme »), David Hume, quant à lui, déploie sobrement et froidement un système philosophique qui a « sapé toutes les vérités » ; pas seulement les vérités chrétiennes d’ailleurs. L’auteur de l’Enquête sur l’entendement humain n’est pas même un homme, il est une entité froide, qui « ressemble à la logique » elle-même. En effet, la philosophie humienne explique que toute connaissance provient des sens, qu’il n’y a pas d’idées innées ou a priori (antérieures à l’expérience) ; ainsi il disqualifie toute connaissance d’entités suprasensibles (Dieu, l’âme, le monde), reléguées dans le domaine de la croyance, car ne pouvant pas faire l’objet d’une sensation.

Thomas d’Aquin aussi faisait partir la connaissance des sens ; mais lui n’excluait pas une réception d’éléments rationnels, donc indubitables ; tandis que Hume déclare que tout savoir n’est que probable, puisqu’une expérience ne saurait être universalisée (valoir partout et toujours).
Donc, se produit une double dégradation : la connaissance scientifique, prétendument universelle et certaine, est rabaissée au rang de « probable » ; tandis que la religion est écartée comme contraire à l’expérience, aux « apparences », et à la coutume, donc elle n’a plus aucune valeur et devient nécessairement superstition.

Maistre reconnaît à son adversaire un génie immense. Preuve qu’il ne suffit pas, selon lui, d’être intelligent pour atteindre la vérité. Le penseur chrétien parle d’un « effroi » à la lecture de l’écossais ; il manifeste une grave incompréhension : comment un homme si génial a-t-il pu sombrer dans une telle irréligiosité ? C’est une « révolte de l’intelligence », qui s’exprime par un « calme insolent ». Décidément, Hume n’est pas un homme, c’est un être étrange, incompréhensible et perfide.
La rationalité ne suffit pas à mener au vrai ; il faut également cette dose d’irrationalité contenue dans la foi, pour orienter l’intelligence et l’empêcher d’être utilisée à mauvais escient. Mais la séparation entre la foi et la raison ainsi pensée n’est pas celle de Luther et de Calvin : le comte nous expose la doctrine humienne comme une conséquence de la logique des réformateurs. « Ils disaient: Donc il n’est pas ce que vous croyez. Hume, meilleur logicien, dit: Donc il n’est pas. » Dans l’esprit catholique, la foi et la raison marchent main dans la main ; tandis que dans la logique luthérienne, la foi s’oppose à la raison dans un conflit inconciliable. Le croyant se trouve ainsi face à un grave dilemme : fanatisme religieux ou raison froide et calculatrice. Selon Maistre, le philosophe « éclairé » a choisi la deuxième possibilité ; une logique implacable qui détruit la spiritualité religieuse.

« Que celui qui abuse des dons du génie soit privé de ses récompenses. » La législature anglaise, représentée par le roi et le parlement, est accusée de n’avoir rien fait contre Hume, pas même refusé sa dédicace dans son Histoire d’Angleterre qui leur était adressée. Le gouvernement britannique se faisait ainsi le complice d’une puissante attaque contre la religion, à l’intérieur de ses terres. Or le christianisme était censé être la religion officielle de l’Etat anglais, donc cet Etat est doublement coupable de laisser se répandre de telles opinions antireligieuses. Mais ce n’est pas tout : la plume redoutable de Maistre s’en prend aussi aux évêques du corps épiscopal, qui siégeaient au Parlement, en citant Voltaire, si décrié par l’auteur lui-même (on sent l’ironie cruelle) : « Généreux, bienfaisants, justes, pleins de vertus, Dieu! S’ils étaient chrétiens, que seraient-ils de plus? »
Le savoisien énonce son constat terrible : « l’acceptation de la révoltante dédicace emporte de la part de la législature anglaise, et surtout de la part du corps épiscopal, une renonciation expresse et nationale à la foi chrétienne. »

Pourquoi Maistre s’en prend-il ainsi à la législature anglaise ?
Les anglais étaient ceux qui avaient qualifié l’Inquisition espagnole d’ « institution honteuse », de « détestable », et le comte leur oppose le fait que le christianisme « n’existe plus que de nom dans ce grand pays [l’Angleterre]. » L’Espagne et l’Angleterre seraient ainsi antinomiques vis-à-vis de la religion chrétienne ; l’une a poussé le christianisme jusqu’à ses dernières conséquences en créant une Inquisition impitoyable, l’autre a laissé le christianisme mourir officiellement en acceptant des philosophes tels que Hume. La France aussi est largement critiquée, pour avoir abrité Voltaire, entre autres.
Entre l’Espagne inquisitoriale et l’Angleterre irréligieuse, le choix est vite fait pour le penseur catholique et ultramontain : plutôt la dureté des inquisiteurs espagnols, que les « calamités » engendrées par le renoncement anglais au christianisme.

On le voit, Joseph de Maistre est très dur envers l’esprit des Lumières, qui a conduit à de multiples exactions envers la religion mais aussi envers la royauté et le royalisme. Les Lumières perdent de leur éclat sous la plume de l’ambassadeur du roi de Sardaigne ; leur angélisme est réduit à néant et le christianisme glorifié. L’apport de Hume à la philosophie est cependant indéniable, et on regrettera peut-être la trop grande sévérité du comte à l’égard d’un si grand penseur, bien que ce texte soit précieux pour rétablir la vérité à l’égard de Lumières souvent trop idéalisées.

Infinity

La symbolique de la décapitation du roi

Lundi 21 janvier 2008

Libre journal de Denys ROUSSELOT du vendredi 22 janvier 1993
Invités : Jean Barbet, historien, professeur à l’Université du Mans ; Pierre Sipriot, journaliste, écrivain ; François Léger, journaliste à l’Action française; André Linguy, professeur à l’Université de Paris II-Assas. Le principe monarchique et la symbolique de la décapitation du Roi.

écoutez ici !

Louis XVI cet inconnu

Jeudi 17 janvier 2008


Louis XVI et la justice sociale:
Louis XVI créa un mont-de-piété à Paris pour décourager l’usure et venir en aide aux petites gens, il existe encore :le crédit municipal de Paris.
Il employa le premier l’expression de « justice sociale ».

Louis XVI et le droit des femmes:
Louis XVI donna le droit aux femmes mariées et aux mineurs de toucher elles-mêmes leurs pensions sans demander l’autorisation de leur mari ou tuteur.

Louis XVI et la justice:
Louis XVI ordonna aux hôpitaux militaires de traiter les blessés ennemis « comme les propres sujets du Roi », 90 ans avant la première convention de Genève.

Louis XVI s’inquieta du sort qui était réservé aux prisonniers détenus en préventive de par leur inculpation, avant leur procès. Il décida de leur accorder une indemnité ainsi qu’un droit d’annonce dans le cas où leur innocence serait reconnue lors de leur procès. IL fit construire à ses frais des infirmeries « claires et aérées » dans les prisons et ordonna l’abolition de la question. (Torture judicière, alors pratiquée dans tout les pays policés.)

Louis XVI et le handicap:
Il décida d’aider l’abbé de l’Epée dans son œuvre pour l’éducation des « sourds-muets sans fortune » auxquels il enseignait un langage par signes de son invention. Le Roi lui versa alors une pension de 6000 livres sur sa propre cassette. Louis XVI dota également l’école de Valentin Hauÿ pour les aveugles.

Louis XVI et la santé:
Le roi Louis finança tous les aménagements de l’Hôtel-Dieu pour que chaque malade ait un lit individuel, fonda l’Hôpital des Enfants Malades et celui de Bicêtre.

Louis XVI et la technique:
Louis XVI fonda l’Ecole des Mines et créa le musée des Sciences et Techniques, aujourd’hui Centre National des Arts et Métiers. Il finança sur ses propres fonds les expériences d’aérostation des frères Montgolfier; ainsi que les expériences de Jouffroy d’Abbans pour l’adaptation de la machine à vapeur à la navigation.

Louis XVI et les arts:
Il créa le droit de propriété des auteurs et compositeurs de musique, créa l’Ecole de musique et de danse de l’Opéra de Paris et le Musée du Louvre.

Louis XVI et la sûreté:
Il créa le corps des pompiers et mandat l’installation de pompes à feu pour approvisionner Paris en eau de manière régulière.

Légalité contre légitimité : Antigone vierge-mère de l’Ordre !

Jeudi 17 janvier 2008

« Je viens de relire Antigone. Il n’y a pas de doute : l’anarchiste de la pièce n’est pas elle, c’est Créon. Créon a contre lui les dieux de la Religion, les lois fondamentales de la Cité, les sentiments de la Cité vivante. C’est l’esprit même de la pièce. C’est la leçon qui en ressort : Sophocle n’a pas voulu nous peindre seulement le sursaut de l’amour fraternel ni même dans le personnage de Hémon, fiancé d’Antigone, celui de l’Amour tout court. Ce qu’il veut montrer aussi c’est le châtiment du tyran qui a voulu s’affranchir des Lois divines et humaines.
On s’accorde généralement à comprendre cette révolte comme la voix de la conscience humaine, universelle et éternelle, élevée au nom d’un impératif stoïcien et kantien. C’est la protestation moderne de l’Un contre toutes les formes de la Communauté. C’est l’énonciation du droit de la Personne contre la Cité, c’est le conflit de la politique et de la morale : on va même jusqu’à dire l’hostilité de l’Ame au corps de la Société, la sédition de l’Individu contre l’Espèce. Ainsi fait-on d’Antigone une Ennemie de la Loi sociale et comme l’incarnation sublime de l’Anarchie. Je n’ose compter tous les bons humanistes et tous les hommes d’ordre qui ont adopté et recommandé cette interprétation.

C’est un contresens complet.

(…) Non, l’image courante d’Antigone est à réviser. C’est elle qui incarne les lois très concordantes de l’Homme, des Dieux, de la Cité. Qui les viole et les défie toutes ? Créon. L’anarchiste, c’est lui. Ce n’est que lui. »

Charles Maurras

Lire l’article ici

[Paris] Marche de Sainte Geneviève

Mardi 1 janvier 2008

Joyeux Noël

Lundi 24 décembre 2007

Citation du jour

Mardi 18 décembre 2007


“Les gouvernements ne peuvent vivre sans principes et sans idées, et, de plus en plus, les principes et les idées se retirent de la République, la laissant à l’état de matière sans cerveau, animée de mouvements désordonnés”.

Jacques Bainville

Propaganda de Bernays, le père des “relations publiques”

Vendredi 14 décembre 2007

« Le manuel classique de l’industrie des relations publiques », selon Noam Chomsky. Véritable petite guide pratique écrit en 1928 par le neveu américain de Sigmund Freud, ce livre expose cyniquement et sans détour les grands principes de la manipulation mentale de masse ou de ce que Bernays appelait la “fabrique du consentement”.
Comment imposer une nouvelle marque de lessive ? Comment faire élire un président ? Dans la logique des “démocraties de marché”, ces questions se confondent.
Bernays assume pleinement ce constat : les choix des masses étant déterminants, ceux qui viendront à les influencer détiendront réellement le pouvoir. La démocratie moderne implique une nouvelle forme de gouvernement, invisible : la propagande. Loin d’en faire la critique, l’auteur se propose d’en perfectionner et d’en systématiser les techniques à partir des acquis de la psychalanyse.
Un document édifiant où l’on apprend que la propagande politique au XXe siècle n’est pas née dans les régimes totalitaires mais au cœur même de la démocratie libérale américaine.»

Edward Bernays (1891-1995), neveu de Sigmund Freud émigré aux Etats-Unis, fut l’un des pères fondateurs des “relations publiques”. Conseiller pour de grandes compagnies américaines, Bernays a mis au point les techniques publicitaires modernes. Au début des années 1950, il orchestra des campagnes de déstabilisation politique en Amérique latine, qui accompagnèrent notamment le renversement du gouvernement du Guatemala, main dans la main avec la CIA.

Propaganda : Comment manipuler l’opinion en démocratie,Edward Bernays, Zones, 2007, 141 pages, 12€.
ici

Citation du jour

Vendredi 14 décembre 2007

“En une longue suite de siècles, nos rois ont fait, maintenu, exalté la France. Ils l’ont élevé au rang de phare de l’Europe et du monde. Peu à peu, par affinements successifs, ils ont modelé une civilisation de beauté, de charme, d’harmonie, qui rayonnait en un art de vivre. Tout cela moins selon un plan préconçu, cartésiennement géométrique, que selon une croissance biologique, une logique végétale pareille à celle des arbres”.

Paul Guth

[CJB-Paris] Café politique

Mercredi 12 décembre 2007

Jeudi 13 Décembre 2007 à 19h30,
une lecture de La société de consommation de Jean Baudrillard par Henri Cheverny.

www.cjb-assas.new.fr

[IAF] Maurras et Dante à la lumière du thomisme

Mardi 11 décembre 2007

L’Institut d’Action Française recoit le mercredi 12 decembre à 20h30, le professeur de lettres classiques, M.Gerard Bedel pour nous parler de “Maurras et Dante à la lumière du thomisme”, a la brasserie “Le François-Coppée”, premier étage, 1, boulevard du Montparnasse, 75006 Paris (M : Duroc)

PAF : 5€, Etudiants et chômeurs : 2€

Contact: 01.40.39.92.14,
fromentouxmi@wanadoo.fr

PS : cette conférence a été reportée pour 2008 à cause du préavis de grève lancé par les syndicalistes de la SNCF.

Achever Clausewitz

Mardi 11 décembre 2007

René Girard aborde l’œuvre de Cari von Clausewitz (1780-1831), stratège prussien auteur du De la guerre. Ce traité inachevé a été étudié par de nombreux militaires, hommes politiques ou philosophes. On en a retenu un axiome essentiel : ” La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. ” Clausewitz pensait que les gouvernements pouvaient faire taire les armes. Mais le succès de cette formule témoigne d’un refus de voir la nouveauté du traité. Observateur des campagnes napoléoniennes, Clausewitz a compris la nature de la guerre moderne : les termes de “duel”, d’” action réciproque ” ou de ” montée aux extrêmes ” désignent un mécanisme implacable, qui s’est depuis imposé comme l’unique loi de l’histoire. Loin de contenir la violence, la politique court derrière la guerre : les moyens guerriers sont devenus des fins. René Girard fait de Clausewitz le témoin fasciné d’une accélération de l’histoire. Hanté par le conflit franco-allemand, ce stratège éclaire, mieux qu’aucun autre, le mouvement qui va détruire l’Europe. “Achever Clausewitz “, c’est lever un tabou : celui qui nous empêchait de voir que l’apocalypse a commencé. Car la violence des hommes, échappant à tout contrôle, menace aujourd’hui la planète entière.

Achever Clausewitz, René Girard, 368 pages, Carnets Nord, 2007, 22€.

Pour commencer, lisez l’entretien de René Girard et Rémi Brague : «L’apocalypse peut être douce», ici.

Robert Charles Surcouf

Lundi 10 décembre 2007

Robert Charles Surcouf, sieur de Boisgris était un corsaire français très intrépide. Il harcela les marines marchandes et militaires anglaises, non seulement dans les mers de l’Europe, mais aussi dans celles de l’Inde. Il acquit réputation et fortune en faisant la course.
Né dans le village de Binic, près de Saint-Malo, il est le fils de Charles-Ange Surcouf, sieur de Boisgris et Rose-Julienne Truchot de la Chesnais. Ses parents, commerçants, le destinaient à la prêtrise, mais il s’engage dès 15 ans comme volontaire sur l’Aurore en partance vers les Indes. À vingt ans, il est déjà capitaine de La Créole qui fait le trafic d’esclaves.
Nommé capitaine à l’âge de vingt ans, il commanda successivement les corsaires la Clarisse, la Confiance et le Revenant.
Surcouf alla tenter la fortune en Inde en 1796.
Quelques jeunes gens de l’île de France (aujourd’huiîl e Maurice) armèrent un petit corsaire pour Surcouf, qui fit voile pour les côtes de l’Inde, avec un équipage de Lascars (marins indiens). À l’embouchure du Bengale, où il se dirigea d’abord, il rencontra un petit convoi escorté par un bateau-pilote, armé en guerre ; il aborda le bateau-pilote et le prit ; il s’empara ensuite des bâtiments marchands anglais, se débarrassa de ses prises, de son propre navire, et passa sur le schooner avec dix-neuf hommes seulement.
Mais Robert Surcouf, le plus célèbre des armateurs malouins, entre dans la légende à vingt-trois ans, en 1796 quand, avec un équipage de 190 hommes, il prend à l’abordage un grand vaisseau britannique, trois fois plus important et mieux armé que le sien : la Confiance (18 canons et 190 hommes) prend le Kent (40 canons et 437 hommes). Ce premier succès enhardit Surcouf, qui va tenir la mer, courant après tous les bâtiments qu’il apercevra, en corsaire non autorisé, car il est parti de l’île de France sans ses lettres de marque, qui donnaient une légalité à la prise.

Peu après, avec son bateau, n’ayant que deux canons, Robert Surcouf met le cap sur un gros trois-mâts : c’était un vaisseau de la compagnie des Indes, monté par 150 Européens et armé de 26 canons de 12 ; il se nommait le Triton. Il dut son succès à ce stratagème. En effet, comment prêter le flanc à un si fort ennemi ? Surcouf fait cacher tout son équipage. « Je cours sur ce gros Anglais, dit-il à ses gens, je l’accoste : à un signal que je vous ferai, vous reparaîtrez sur le pont ; nous ferons une décharge de mousqueterie pour effrayer l’équipage, nous sauterons à bord et nous prendrons le bâtiment. » Les choses se passèrent comme il l’avait dit. Le combat qui s’engage sur le pont du Triton est terrible ; le capitaine anglais et dix de ses hommes sont tués, cinquante autres sont blessés, et Surcouf reste maître du vaisseau, n’ayant eu que deux blessés et un mort parmi les siens. Il fait signer un cartel d’échange à ses prisonniers, les envoie à Madras sur son petit schooner qu’il dépouille de toutes ses armes et mène son importante capture à l’île de France.
Chassé par trois vaisseaux de la Compagnie, il parvient au moyen d’une manœuvre habile à les isoler ; puis, les attaquant séparément, il en enlève deux, et contraint le troisième à prendre la fuite.
En 1799 la frégate la Preneuse, commandée par l’intrépide Lhermite, venait de se perdre à l’île de France. L’équipage attendait une occasion de retour ou d’embarquement. Le bruit se répand que la Confiance va faire la course.
La fortune de Surcouf commençait à grandir. Après plusieurs courses aventureuses, Robert Surcouf fut sur le point d’être dépouillé du fruit de ses dangers parce qu’il avait écumé la mer sans lettres de marque. Il avait armé en course sans autorisation à sa première croisière ; aussi quand il avait attéri avec le Triton, sa prise avait été confisquée.
Cependant les autorités de l’ile de France consultèrent le Directoire qui, voulant récompenser la bravoure du jeune corsaire, proposa au Corps législatif de lui décerner, à titre de don national, la valeur de ses prises qu’on avait vendues au profit de la colonie ; il reçut 700.000 francs.

Robert Surcouf est célèbre pour ses activités de corsaire et pour sa conception de la guerre sur mer contre la Grande-Bretagne, plus orientée vers la guerre d’usure que l’affrontement d’escadres. Pour lui, il est plus efficace de saper l’économie de l’adversaire que de détruire ses navires armés. Il finança lui-même l’armement de nombreux navires de guerre légers : l’Auguste, la Dorade, la Biscayenne, l’Edouard, l’Espadon, le Ville-de-Caen, l’Adolphe et le Renard.

Sa flotte prit La Havane, seule fois où cette ville tomba.

Surcouf accomplit un autre exploit. Saint-Malo étant occupé par les Prussiens, il se prit de querelle avec eux et défia en duel tous les officiers du régiment concerné. Les Prussiens, se considérant comme experts au sabre, relevèrent l’offre très imprudemment: Surcouf tua ou blessa les 15 premiers à la suite mais laissa aller le dernier (qui était le plus jeune et devait probablement être quelque peu démoralisé par le spectacle auquel il avait assisté) pour qu’il puisse témoigner que tout s’était passé dans les règles. Après avoir disparu quelque temps, Surcouf revint tranquillement chez lui passer entre les siens le reste de son âge.
Le nom de l’intrépide corsaire était devenu la terreur du commerce anglais dans les parages de l’Inde, et le gouvernement anglais avait cru devoir renforcer de plusieurs frégates sa station dans ces mers. En 1813, Surcouf fut chargé de conduire en France le Charles, vieille frégate, qu’il avait achetée au gouvernement et armée en flûte. Elle portait un très riche chargement. Il échappa par son sang-froid et l’habileté de ses manœuvres aux croisières anglaises.
Le frère du capitaine Surcouf, Nicolas Surcouf, intrépide marin comme lui, fut son second pendant près de 15 ans, et contribua à ses succès.

Surcouf consacra la dernière partie de sa vie à des spéculations commerciales, qui furent pour lui une nouvelle source de richesses. On croit que sa fortune s’élevait à la fin de sa vie à plus de 3 millions de francs.
Surcouf mourut d’un cancer le 8 juillet 1827 dans une maison de campagne qu’il possédait près de Saint-Servan, et fut inhumé à Saint-Malo.
Surcouf est considéré comme l’un des meilleurs marins que la France ait jamais eus. Redoutable, intenable sur tous les bords, c’est grâce à lui que de nombreux vaisseaux britanniques furent détournés en faveur de la France qu’il servit toujours, par delà les tourments politiques qui l’agitaient. Il réussit en seulement cinq années à attaquer une cinquantaine de navires britanniques et portugais.
Il est également considéré comme l’inventeur d’une ruse de nuit qui consiste à faire un petit radeau où l’on accroche des lanternes de manière à faire croire à ses poursuivants que le navire se situe à un autre endroit. (cf. le film Master and Commander)

Le 31 du mois d’aout
Nous aperçûmes sous l’vent à nous
Une frégate d’Angleterre
Qui fendait la mer et les flots
C’était pour aller à Bordeaux

Buvons un coup, buvons en deux
A la santé des amoureux
A la santé du roi de France
Et merde pour le roi d’Angleterre
Qui nous a déclaré la guerre …