Vendredi 21 septembre 2007, en deuxième partie de soirée sur France 3, les honnêtes téléspectateurs faisant encore confiance au « service public » se voyaient récompensés de leur fidélité par le documentaire militant de Marion Stalens intitulé « Invitation à Quitter le Territoire ».
Ce documentaire de 52 minutes, coproduit par Cinétévé - France 3 avec la participation de l’Agence Nationale pour l’Égalité des Chances et la Cohésion Sociale retraçait le parcours de Rachelle et Ivan, deux élèves du lycée Jules Ferry à Paris, qui s’apprêtaient à passer leur baccalauréat et faisaient face à une « Invitation à Quitter le Territoire Français » (IQT).
« Face à cette menace d’expulsion, amis, professeurs et parents d’élèves se mobilisent autour des deux jeunes sans-papiers. » (sic)
Faisons les présentations :
Ivan, 18 ans, Colombien, rentré illégalement en France il y a 6 ans avec ses parents pour fuir la crise économique et l’insoutenable violence, scolarisé depuis, qualifié d’ « intégré » par ses camarades de classe et sa petite amie, parlant le français avec une relative aisance;
et Rachelle Bonjawo, 18 ans, Camerounaise, ayant perdu ses parents et rejoint sa soeur française vivant en France, qualifiée d’ « élève sérieuse et motivée » par ses professeurs, parlant bien le français.
Ce documentaire au ton engagé entends montrer la détresse profonde des « enfants » confrontés du jour au lendemain à la perspective de quitter leur quotidien, d’abandonner leurs amis, leur avenir, et d’être rapatrié dans leurs pays d’origine parce que rentré illégalement en France.
On y voit la forte mobilisation des camarades de classes qui défendent leurs amis « intégrés », « innocents », ainsi que l’implication des professeurs s’accrochant à « des élèves sérieux et francophones » et la détermination d’une déléguée des parents d’élèves.
Des questions sont souvent posées et interpellent le téléspectateur : Rachelle et Ivan sont-ils dangereux pour notre avenir? Menacent-ils l’emploi de nos enfants? Sont-ils des parasites asociaux? Quel mal ont-ils fait? Pourquoi eux?
Les émouvants témoignages de ces deux jeunes personnes désorientent et font peine. On est tenté de leur ouvrir les bras et de les accueillir sur notre « Terre d’Asile », notre république « des Droits de l’Homme »…
C’est ce qu’il faut dénoncer !
Ce document est un bijou de parti pris et il est scandaleux qu’une chaîne d’Etat ait autorisé sa diffusion.
La surprise est d’autant plus grande que la politique d’immigration du gouvernement –ayant droit de vie ou de mort sur les programmes de France Télévision- y est ouvertement critiquée pour sa froideur, son inhumanité, sa logique arbitraire et sa violence psychologique.
Ce qui est gênant, c’est l’impression latente d’assister à un procès inique et expéditif contre la France, « méchamment » attachée à l’intégrité de son territoire.
Inique parce que l’administration n’a aucun droit de réponse devant les accusations grandiloquentes des camarades de classe, des profs et des parents d’élèves.
Inique parce que les réalisateurs n’ont aucun remords à utiliser les techniques les plus vicieuses et déloyales en exploitant l’affectif, le sentimental, la pitié et l’empathie du public.
La réalisatrice nous expose la jeune camerounaise, les larmes aux yeux lors de l’interview, tenter la démonstration de son amour de la France : « Pour moi, la France représentait l’harmonie, la lumière, un vrai conte de fée… Quand je suis arrivé ici, à Paris, j’étais impressionnée; tout était grand. J’étais heureuse en pensant que j’aurais accès à l’eau chaude tous les jours et que je pourrais faire les magasins! »
L’honnête téléspectateur, confortablement assis sur son canapé moelleux, ne peut s’empêcher de s’imaginer la dure vie de cette jeune fille jadis privée d’eau chaude et de shopping et d’être saisi de pitié.
Il oublierait presque, sous le coup de la culpabilité, que quelques minutes plus tard, prise sur le vif, Rachelle confie à ses amis, entre deux rires : « L’Afrique me manque, le fait de courir pieds nus dans la rue, courir sans contraintes. Je suis contente de trouver en France des gens ouverts à ma culture africaine. Ma grand-mère m’a bien appris de ne jamais oublier d’où l’on venait, de ne jamais renier ses origines. »
La jeune fille « traquée », qui se sent « rejetée par les autorités » laisse une curieuse impression, semble se contredire et quoiqu’il en soit, nous offre une image nuancée de l’intégration que ses soutiens vantaient.
Comme pour effacer cette gaffe, Rachelle évoque l’école d’antan, l’école d’Afrique : « Au Cameroun, il y a 70 enfants par classe et l’on est souvent obligé de faire des roulements, tous ne peuvent pas étudier…»
La voilà qui émeut ses professeurs et ses camarades de classes, soudain conscients de leur « chance ».
Leur mobilisation est exemplaire, tous arpentent la cour de récréation à la recherche de signatures pour leur pétition. Ils sont efficaces, plus d’un millier seront recueillies au son de « Tu connais Rachelle et Ivan !? Bah… Ils vont se faire expulser, il faut que tu signes ! »
La déléguée des parents d’élèves n’hésite pas à monter un stand « Signe ici sinon tu vas être complice des vilains» dès la sortie des épreuves du baccalauréat.
Aussi se propose-t-elle tout naturellement de faire bénéficier Rachelle du parrainage républicain, procédure qui permet à un Français d’apporter son soutien officiel, matériel et physique à un étranger en situation irrégulière.
Bel effort de la République d’accepter en son sein les défavorisés du monde entier… On se demande pourtant où est son intérêt ; la jeune fille avouait devant la Préfecture de Police de Paris -après avoir décroché un rendez-vous pour l’examen de l’obtention d’une carte de séjour- « Une fois que j’aurais terminé mes études, je repartirai au pays, pour aider les gens à s’en sortir » !
Nous sommes bien dans le pays des droits de l’Homme, où les médias chantent le désintéressement de la République !
Vient le moment de l’élargissement du propos où la défense des cas de Rachelle et Ivan est noyée dans la propagande d’organisations comme RESF (Réseau Education Sans Frontières) ou France Terre d’Asile, réclamant sans conditions la régularisation massive des sans-papiers. L’œil et les oreilles du téléspectateur -qui s’était presque endormi devant la douceur ovine de nos deux jeunes gens- sont ensuite malmenés par les images des défilés de soutien aux sans-papiers, défilés chamarrés et étourdissants au rythme des tam-tams, des djembés, et des « Nous sommes tous des enfants d’immigrés ».
L’écoeurante apothéose du multiculturalisme, l’exposition agressive du melting-pot, en un mot, le mariage informe du rien au n’importe quoi.
Comment ne pas s’insurger devant cette basse technique de racolage qui consiste à apitoyer avec Rachelle et Ivan, deux cas défendables et émouvants, pour ensuite amener le téléspectateur à adhérer de facto à ces instruments collaborationnistes que sont la Ligue des droits de l’Homme, le Groupe d’Information et de Soutien aux Immigrés, France Terre d’Asile, etc.?
Comment garder son calme avec cette déléguée des parents d’élèves, « marraine républicaine » de Rachelle, qui s’est battue pour que la direction du Lycée Jules Ferry accorde son soutien à « tous les élèves en voie d’expulsion, quelque soit leur mérite et leur légitimité à résider en France » ?
Quelle attitude observer face à cette parenthèse révoltante, cette rencontre entre Rachelle et Rachel, vieille dame juive traquée sous l’Occupation -membre de RESF- qui témoignait de l’horreur vécue comme « enfant caché », et qui insistait sur « la continuité des arguments » entre les nazis et les « expulsionnistes » !?
Elle qui appelait à « déceler là où commence l’intolérable », voici une franche occasion de commencer!
Combien de temps encore va-t-on diaboliser ceux qui considèrent le déracinement des enfants, l’immigration massive et institutionnalisée et la précarité organisée de ces populations comme un drame pour le pays d’origine et le pays d’accueil ?
Quel trait de clairvoyance faudra-t-il pour que la France réfléchisse au co-développement comme LA solution durable etjuste, sollicitant intelligemment les pays en mesure d’aider et traitant dignement les pays ayant besoin d’aide ?
Dans un monde juste, l’immigration n’existerait pas…
Ce que semble oublier ce jeune groupe de rock débile qui clôture le documentaire en scandant avec haine : « La France appartient à l’être humain !»
Plus que jamais : Français, éteins ta télé… et rallume ton cerveau !
Saucourt.