Archive pour la catégorie 'Nos maîtres'

[Paris] Hommage à la France combattante, Photos

Jeudi 20 novembre 2008

[Lyon] Compte rendu de la réunion du 22 octobre

Jeudi 23 octobre 2008

Vu sur http://afelyon.tk/

Les étudiants d’AF se sont rassemblés mardi soir pour participer au cercle d’étude sur le sujet suivant : les fondamentaux de l’Action Française et la décadence de la démocratie contemporaine.

Car Seule la monarchie saurait apporter à la France : L’unité; sans elle, pas d’autorité véritable, pourtant indispensable pour garantir d’indépendance nationale. La démocratie divise les français, et se sert de ce conflit pour survivre. Les intérêts supérieurs sont sacrifiés aux luttes partisanes. N’oublions pas le jeu absurde des partis, ou encore le coût financier des élections à répétition. La continuité; et les successions paisibles sont la conséquence de l’hérédité du pouvoir monarchique. L’objectif visé est donc à long terme, les 800 ans de stabilité politique ne doivent pas être masqués par deux siècles de démagogie et d’instabilité institutionnelle.L’indépendance; Les élections lient le pouvoir et l’opinion politique, ce qui oblige à pratiquer une démagogie insolente pour recueillir les suffrages, un maximum de suffrages. Le régime électif est aussi obligé de centraliser l’administration du pays ; en cela, il détruit les libertés individuelles ou de groupes, qu’elles soient locales, municipales, régionales ou professionnelles, soit toutes ces petites « républiques » à qui le Roi permettrait de vivre et s’organiser en disposant d’une liberté certaine. Dégagé des soucis électoraux, le souverain serait en situation d’être un arbitre au rofit du pays tout entier.

La responsabilité; Les intérêts personnels et dynastiques du Roi se confondent avec l’intérêt national en monarchie, alors que la démocratie tire une responsabilité des majorités et des scrutins : en conséquence, celle-ci opte pour un objectif a court terme (renouvelable, mais toujours à court terme, et ceci jusqu’à sa chute…), un rejet de la faute sur les prédécesseurs ou autres causes annexes, ou encore le profit de la situation présente.

La légitimité est le pouvoir s’exerçant en vue du seul bien commun, indépendamment des groupes d’intérêts, des lobbies ou autres puissances influentes. Elle est puisée par l’Etat royal dans l’histoire et les services rendus au pays au court des siècles passés.

En démocratie, le pouvoir est le fruit, comme vous le savez, d’une compétition électorale, ou plutôt d’un nombre élevé de ces mêmes élections. Les partis exercent ce pouvoir selon les caprices de l’opinion, on peut le dire, pas toujours à même de prendre les bonnes décisions : La légitimité se perd donc dans les méandres de la république.

Ces vérités ont su obtenir l’approbation des gens de l’assistance et la promesse d’une prochaine rencontre, dans deux semaines.

N’oubliez pas de consulter le site de la section pour prendre connaissance des dates des cercles.

Compte-rendu de la conférence sur Charles Péguy contre le monde moderne

Mercredi 15 octobre 2008

Il fut jadis une époque où les Républicains pouvaient être honnêtes.
Maltraité par une postérité vilipendant à souhait certains de ses plus grands génies littéraires, Charles Péguy est resté très mal connu, et ce malgré tout son talent. Entre BHL, pour qui il est tout simplement un « facho », le Maréchal Pétain, qui ne le décrit que comme un partisanard sans intérêt véritable, et les catholiques pour lesquels il n’est qu’un poète mystique, la réhabilitation de Péguy semble bien difficile.

Cet homme était un républicain passionné. Sa foi en la République était tout simplement inépuisable, vu le peu de défauts qu’il lui trouvait chaque jour. Et pourtant nous en faisons son éloge. C’est bien parce que son amour pour la Gueuse n’était justement que passionnel. Né en 1873, il gardera jusqu’à la fin de ses jours le modèle d’une République honnête et juste ayant malheureusement cessé d’exister en 1880. D’origine paysanne, il est ce que l’on peut appeler véritablement un socialiste. Et son socialisme vrai impliquait nécessairement la haine et les menaces de mort contre le « gros Jean Jaurès » régulièrement comparé dans ses écrits au « gros Louis XVI ». Tout comme il impliquait également le refus du marxisme de Jules Guesde.

Profondément attaché à la patrie française, la glorification de Sainte Jeanne d’Arc est omniprésente dans son œuvre littéraire, ce qui lui a d’ailleurs valu de perdre la majorité de ses « amis » socialistes. Sa République, idyllique et n’ayant sans doute jamais existé que dans ses rêves, était encore composée de gens de l’ancienne France, d’hommes honnêtes, d’instituteurs n’ayant rien à voir avec nos actuels partisans sorbonnards.

Quand à la fin du 19ème siècle il regarda dans les yeux de la France moderne, il s’aperçut avec horreur que de son époque à 1900, « le monde avait moins changé depuis Jésus-Christ, qu’il n’avait changé depuis 30 ans ». Issu du pays réel, patriote, son courage allait jusqu’à prendre part dans de nombreux affrontements contre les Dreyfusards, car selon ses propres mots, « il faut être fidèle à la justice ».

Après avoir écrit les Cahiers de la Quinzaine il se convertit au Christianisme latin et rompit définitivement les liens avec ses anciens camarades. A ce moment là de sa vie, son combat contre le libéralisme le rapprochait grandement de Maurras. Mais jamais il ne devint royaliste. Comme il en a témoigné plus tard, lorsqu’un royaliste tentait de lui prouver par la raison que la monarchie était (et est toujours) la seule condition pour le salut de la nation, il devenait sourd. Ce n’est que lorsque ce même monarchiste lui disait qu’il était prêt à mourir pour son roi qu’il lui souriait et l’aimait !

Dans l’analyse sociale que Péguy faisait du monde, il voyait bien que la loi du plus fort était la seule qui existât encore, que toutes les communautés dignes de ce nom avaient depuis longtemps disparu devant un Etat gigantesque, asservissant et détruisant toute liberté sur son passage. C’est en partie pour cela que les idéologues de la « Liberté Pure » démocratique et égalitaire lui furent toujours insupportables. L’homme est nécessairement « homme de quelque part, d’une race, d’une nation, d’une culture. La France n’est pas une société anonyme sans racine ! » C’est pour cela que tout comme Barrès, Péguy combattait de toute ses forces le « parti intellectuel ».

Mais Maurras était selon ses propres mots bien trop moderne pour lui, pour cet admirateur de la République de la Commune, de celle qui quelque temps auparavant continuait à lutter clandestinement contre l’Empire, mais aussi de celle de Robespierre et de Saint-Just.

Rendons hommage à cet homme, qu’on ne peut comparer qu’à Georges Bernanos, à cet homme mort au Champ d’Honneur pour défendre sa Patrie contre l’envahisseur germanique, et n’oublions pas que « c’est le courage du soldat et le canon de 75 qui mesurent chaque jour l’espace où l’on parle français ! »

Charles Péguy, l’Argent, disponible pour 10 € dans les éditions des Equateurs Parallèles.

Origine du nationalisme

Samedi 9 août 2008

Royalisme du coeur et de la raison

Vendredi 8 août 2008

La monarchie n’est pas qu’une idée. Elle parle aussi au coeur, elle a un aspect charnel. Elle ne serait rien sans ses territoires, ses peuples, ses traditions, sa culture. Être royaliste aujourd’hui, c’est penser que le fil de la tradition n’a pas été rompu, qu’il reste quelque chose de l’avant-1789. Ce quelque chose ne peut pas s’expliquer, c’est un sentiment intérieur.

Le royalisme romantique de Georges Bernanos fait pendant à celui, rationaliste, de son ancien maître Charles Maurras, dont nous avons donné un aperçu sur la section Toulouse ici. Et Bernanos de s’écrier : « Que la Monarchie Française soit utile ou même nécessaire, cela se prouve et ne convainc personne. Il faut d’abord qu’elle soit aimée. »

On le sait, le classicisme (très brillant par ailleurs, voir par exemple Anthinéa) de l’Action française a souvent évincé de grands penchants romantiques, on pense notamment à la critique sévère de Maurras adressée à Chateaubriand (« Chateaubriand n’a jamais cherché, dans la mort et dans le passé, le transmissible, le fécond, le traditionnel, l’éternel : mais le passé, comme passé, et le mort, comme mort, furent ses uniques plaisirs. »*) ; mais aussi au conflit avec Bernanos ; puis avec Pierre Boutang et son ontologie du secret. Peut-être est-il temps, en ce début de troisième millénaire et après un siècle de royalisme d’Action française, de réconcilier le royalisme rationnel et analytique avec le royalisme romantique du cœur. On le sait, les romantiques ont été fortement liés aux Révolutions, mais plutôt que de condamner catégoriquement le Romantisme, il est peut-être nécessaire de se remémorer un Faust (Goethe), un Génie du christianisme (Chateaubriand), dirigés contre les Lumières et leur fallacieux rationalisme abstrait.

*Trois idées politiques, Chateaubriand ou l’anarchie, 1898 (revu en 1912), C. Maurras.

Frédéric Traum

La voix de la vérité entre dans l’éternité

Mercredi 6 août 2008

Alexandre Soljenitsyne est décédé dimanche soir, à l’âge de 89 ans.
Nous tenons à rendre hommage à l’écrivain russe, qui a passé une bonne partie de sa vie à dénoncer le régime stalinien en URSS, par ses écrits et par ses actes. Il a connu la prison, l’exil, mais acquit aussi une renommée internationale et obtint le prix Nobel de Littérature en 1970.
L’honnête homme doit avoir lu Archipel du Goulag et Une journée d’Ivan Denissovitch, où l’auteur militant critique avec virulence et lucidité les exactions du régime soviétique, notamment dans les camps de travail concentrationnaires, où l’on vit disparaître des millions d’hommes au cours d’une partie du XXè siècle.
Soljenitsyne dérange ; les progressistes et droits-de-l’hommistes peinent à le récupérer, car son anti-totalitarisme s’accompagne parallèlement d’un nationalisme et de la volonté d’une renaissance spirituelle et morale.
Puisse-t-il reposer en paix et nous, nous inspirer de son héroïsme.

le 14 juillet…

Lundi 14 juillet 2008

La postérité politique d’Aristote (2)

Jeudi 3 juillet 2008

(suite)

On peut chercher à établir une discussion entre Arendt et Maurras. D’un point de vue historique, il semble que le Martégal n’ait jamais eu connaissance de l’œuvre naissante de Arendt. Il faut dire qu’ils ne sont pas de la même génération, Maurras étant plus âgé d’une trentaine d’année. En revanche, il est avéré que Arendt a lu les Œuvres capitales du fondateur de l’Action française, qu’elle cite dans sa bibliographie à la fin de son œuvre Les Origines du totalitarisme. Et de fait, elle parle de l’Action française et de Maurras dans le chapitre sur l’Affaire Dreyfus. Elle les replace essentiellement dans leur contexte, et en parle en des termes peu élogieux, classant rapidement l’Action française dans les « groupuscules fascistes », aux côtés du national-bolchevik Jacques Doriot. Evidemment, sans nier que certaines positions soient liées à l’époque et ne doivent pas en sortir, le jugement d’Arendt est pour nous très approximatif, comme l’a montré récemment Pierre Carvin dans le dernier numéro d’Aspects de la France. Ainsi, pour Arendt : « De fait, et le « césarisme » de l’Action française et le nationalisme nihiliste de Barrès et de Maurras ne réussirent jamais sous leur forme initiale, et cela pour maintes raisons, toutes négatives. Ils manquaient de perspectives sociales et n’étaient pas capables de traduire en termes populaires les fantasmagories que leur mépris pour l’intelligence avait engendrées. »
On comprend difficilement pourquoi Arendt parle de « césarisme » à propos du royalisme maurrassien, étant donné que notre félibre dénonce le césarisme en question dans le jacobinisme et le bonapartisme, fils de la Révolution.
On conçoit également mal pourquoi Barrès est mis sur le même plan que Maurras, alors que leur nationalisme respectif a pris des directions différentes. Quant aux perspectives sociales, le corporatisme et le catholicisme social joints par le passé à la doctrine royaliste semblent contredire efficacement le jugement un peu hâtif de l’Allemande.

Outre la théorie de l’action, c’est la question de l’autorité qui rapproche l’aristotélisme de Arendt de celui de Maurras. En effet, si Arendt s’oppose au conservatisme et à la restauration de l’autorité, elle affirme pourtant clairement que le totalitarisme a été rendu possible par la destruction de l’autorité, laquelle était née à Rome, et de ses deux corrélats, la religion et la tradition. Donc, le constat est similaire chez Arendt et Maurras : l’autorité et le totalitarisme sont antinomiques ; tout comme Arendt affirme ailleurs que l’autorité n’est pas la tyrannie. Là où ils diffèrent, c’est que chez Arendt l’autorité ne peut plus être restaurée, et les tentatives des conservateurs sont selon la philosophe dérisoires. A l’inverse, pour nous royalistes le rempart contre le totalitarisme est la restauration limpide de l’autorité monarchique, et non des pseudo-autorités illégitimes et destructrices que sont le républicanisme jacobin, le communisme léniniste et l’idéologie national-révolutionnaire.
L’autorité est la garantie de la survie du politique, contre la passivité engendrée par un gouvernement totalitaire. Elle permet la sauvegarde d’un espace public où les décisions importantes sont prises, à l’échelle locale et dans les domaines de compétences de chacun.
La hiérarchie est le contraire de la massification totalitaire du peuple, lequel devient une entité informe et manipulable à souhait.
L’autorité garantit également une éducation réglée sur le modèle maître-élève, et non sur le modèle des hitlerjugend où l’instructeur n’est que le relai d’une idéologie imposée massivement et par tous les moyens, notamment le mensonge systématique, comme par exemple la révision de l’Histoire.

On le voit, un dialogue très fécond pourrait être établi entre la philosophie politique de Maurras et celle d’Arendt, deux penseurs qui écrivent sous l’inspiration de la politique aristotélicienne.
La théorie au service de l’action ; l’action au service du bien commun. Telle pourrait être la devise aristotélicienne par excellence en politique.

Infinity 

La postérité politique d’Aristote

Mercredi 2 juillet 2008

Aristote (384-322), comme tous les grands philosophes, est à l’origine d’une grande et riche postérité.
Pour résumer, sa philosophie a donné naissance à quelques unes des plus grandes pensées métaphysiques jamais conçues, et à l’opposé à deux des plus grandes pensées de l’action.
Tout d’abord, il y a bien évidemment l’œuvre de saint Thomas d’Aquin (1225-1274). Néanmoins, le développement thomiste de la philosophie d’Aristote entraîne cette dernière vers un intellectualisme plus marqué que celui du maître, l’accent est surtout mis sur la théorie de la connaissance et la métaphysique au détriment de la pratique, bien qu’il y ait tout de même une pensée politique chez l’Aquinate. D’autre part, la christianisation d’Aristote dissout irrémédiablement l’union de l’éthique et du politique réalisée brillamment par le Stagirite : la morale pure, la vertu, est intériorisée ; c’est devant Dieu et soi-même que le chrétien est bon. A l’inverse, l’éthique ne se conçoit pas chez Aristote sans la présence d’autrui, et il explique notamment que la justice n’existe que lorsque je suis face à d’autres hommes (Eth. à Nico., V).

La postérité politique d’Aristote est donc plus heureuse du côté des deux grands philosophes contemporains de l’action éthico-politique, à savoir Arendt (1906-1975) et Maurras (1868-1952).
Arendt reprend fidèlement certaines thèses aristotéliciennes, et développe une conception de l’action où l’éthique n’est pas séparée du politique (Condition de l’homme moderne, V), tout comme chez Maurras. L’action se caractérise notamment par trois aspects, à savoir l’aspect révélant (celui qui agit apparaît à autrui), l’aspect instituant (l’action construit un espace public de discussion et de gestion politique) et l’aspect liant-séparant : l’action relie les hommes entre eux, elle les met en contact et provoque le débat politique, le jugement, et elle sépare les « communautés communautaires » fusionnelles qui pensent en termes de classe ou d’ethnie, où l’individu n’est rien, et non en termes d’individus membres du même espace public tout en étant singuliers, uniques.
La critique arendtienne du communautarisme frappe juste ; et elle se marie excellemment avec la conception maurrassienne de la nation, à savoir un cadre naturel et traditionnel où exercer la politique en vue du bien commun ; cadre qui n’est aucunement communautaire (peu importe que l’on parle de communauté ethnique, raciale, religieuse ou encore en termes de classes, classe bourgeoise, classe populaire, etc.). La nation est « l’unité d’une multiplicité » d’individus, pour paraphraser ce qu’Aristote disait de la Polis, la cité, en critiquant le « communisme » de Platon (Politiques, II).

 (à suivre)

Infinity

In Memoriam Pierre Boutang

Vendredi 27 juin 2008

L’association Pierre Boutang fait célébrer une messe pour le repos de son âme le samedi 28 juin prochain, à 19 heures,
Eglise Notre-Dame du Bon Conseil, 140 rue de Clignancourt, Paris XVIII, Métro Simplon Merci de vous unir par la présence ou par la prière.

Lundi 16 juin 2008

“La philosophie est comme la Russie : pleine de marécages, et souvent envahie par les Allemands.”

Roger Nimier, Le Hussard bleu

[Paris]Cercle du vendredi 21 mars 2008

Mercredi 19 mars 2008


Vendredi 21 mars 2008 à partir de 19h15
Conférence par Sébastien de Kererro sur “Le nationalisme de Maurras”
rdv 10 rue Croix-des-Petits-Champs 75001 Paris
M Palais Royal ou Louvre Rivoli

Alexis de Tocqueville

Jeudi 13 mars 2008

Tocqueville éducateur

Choisir de se replonger dans la lecture de Tocqueville aujourd’hui, c’est ouvrir à nouveau la querelle historique et philosophique sur le legs de l’Ancien régime et de la révolution dans les représentations politiques contemporaines. Pourquoi la révolution a-t-elle éclaté avec une telle force en France ? Dans quelle mesure le centralisme jacobin constitue-t-il une rupture avec la monarchie moderne ? Peut-on dissocier la violence révolutionnaire du message démocratique de 1789 ? Toutes ces questions peuvent être ramenée à une seule : la réflexion tocquevillienne peut-elle nous éclairer sur cette époque et sur les origines intellectuelles de la démocratie française ? C’est en philosophe et en essayiste que répond Tocqueville, plus soucieux de saisir l’esprit de la révolution démocratique qu’il voit s’accomplir sous ses yeux que d’accumuler l’érudition historique.

Une révolution religieuse

Tocqueville voit dans la révolution un bouleversement politique qui se fit à la manière des révolutions religieuses. Son message, qui prétend pouvoir être entendu au-delà des frontières du territoire national, s’est répandu à travers l’Europe comme le fit celui de la Réforme : « non seulement elle se répand comme elles, mais, comme elles, elle y pénètre par la prédication et la propagande ». La révolution s’adressait aux hommes indépendamment de leurs cultures et histoires particulières, ne les considérant qu’ « abstraitement » pour rendre ses pratiques acceptables par le plus grand nombre possible. Cette prétention à l’universalité lui donne les traits d’une religion imparfaite, « sans Dieu, sans culte et sans autre vie, mais qui, néanmoins, comme l’islamisme, a inondé toute la terre de ses soldats, de ses apôtres et de ses martyrs ». La révolution française n’est que la forme nationale d’un mouvement ambivalent plus large, celui de la dynamique démocratique, qu’il définit tantôt comme régime politique, tantôt comme le développement d’une « égalité des conditions » qui transforme la grammaire générale des relations sociales humaines. L’égalité ne se constate plus seulement en droit, mais devient une idée qui pénètre et subvertit les mœurs, les traditions, les relations d’autorité et de contrainte ordinaires. L’organisation du corps social autour de la souveraineté de l’individu, et donc de sa reconnaissance en tant que sujet autonome, prend sa source bien avant l’avènement de la révolution politique française. Pour Tocqueville, la France fut le théâtre de la révolution parce qu’elle était l’un des derniers pays d’Europe à posséder des institutions féodales. Cependant son esprit avait disparu depuis bien longtemps. Restaient les privilèges et les inégalités politiques et juridiques. Ces institutions féodales n’entravaient guère plus la grande marche vers l’égalité qu’avait déjà bien entamé la monarchie elle-même. Parce que la paysannerie était devenue propriétaire foncière bien avant la révolution sans avoir de droits politiques, contrairement à ses rivaux –dans ce domaine- aristocrates et hommes d’église : « Si le paysan n’avait pas posséder le sol, il eût été comme insensible à plusieurs des charges que le système féodal faisait peser sur la propriété foncière. Qu’importe la dîme à celui qui n’est que fermier ? Il la prélève sur le produit du fermage. Qu’importe la rente foncière à celui qui n’est pas propriétaire du fonds ? Qu’importent mêmes les gênes de l’exploitation à celui qui exploite pour un autre ? »

Le legs de l’administration publique

L’ancien régime avait bien avant les révolutionnaires entamé la rationalisation administrative nécessaire au fonctionnement du pays, qui allait par la suite dégénérer en une puissante machine centralisatrice et bureaucratique. Tocqueville estime même que la centralisation administrative est « la seule portion de constitution politique » qui ait survécu à la révolution. Le gouvernement central, le conseil du roi, et ses agents, les contrôleurs généraux, puis les intendants et les subdélégués aux provinces ont préparé à leur manière le fonctionnement régulier du régime républicain, qui a certes remis en cause le pouvoir politique précédent, mais pas son organisation administrative. Le statut des fonctionnaires et de la justice administrative tiennent également plus d’avant 1789 : « il s’établit non dans les lois, mais dans l’esprit de ceux qui les appliquent, comme maxime d’Etat, que tous les procès dans lesquels un intérêt public est mêlé, ou qui naissent de l’interprétation de l’acte administratif, ne sont point du ressort des juges ordinaires, dont le seul rôle est de prononcer entre les intérêts particuliers. En cette matière, nous n’avons fait que trouver la formule ; à l’Ancien Régime appartient l’idée. » L’esprit de corps de nos actuels fonctionnaires de la république n’est pas une nouveauté. Tocqueville nous enseigne qu’avec la pérennisation de l’administration publique s’est transmise aussi sa réticence à déléguer ses pouvoirs, à partager ses compétences dans la sphère publique. Les communautés naturelles, les associations humaines spontanées, la libre entreprise, tous ces phénomènes qui naissent sans son intervention lui sont suspectes. La nouvelle classe aux commandes de l’administration, c’est la bourgeoisie, qui n’attendait que la révolution pour triompher politiquement. La centralisation et la dépendance au gouvernement firent de l’Etat à la veille de la révolution le pouvoir social le plus puissant du pays.

La révolution fut pour Tocqueville essentiellement physiocratique, du nom de ces idéologues égalitaristes, à la fois hostiles aux privilèges et à la diversité sociale et favorables au laissez-faire dans le commerce et l’industrie : « [ce pouvoir nouveau] a un goût naturel pour l’égalité des conditions et pour l’uniformité des règles ; autant qu’eux-mêmes il hait au fond du cœur tous les anciens pouvoirs qui sont nés de la féodalité ou qui tendent vers l’aristocratie ». Cela explique assez largement pourquoi les hommes de la révolution s’accommodèrent assez bien de cet aspect « planiste » de l’Ancien Régime.

Tocqueville contemporain

Quel enseignement peut-on tirer de l’analyse de Tocqueville ? A ceux qui continuent à raisonner sur la démocratie sans saisir l’ampleur de la révolution politique, anthropologique, philosophique et religieuse qu’elle implique, Tocqueville reconstitue la genèse intellectuelle d’un phénomène lié à la modernité politique dans son entier. Aux hommes dévoués au bien de leur Cité, il signale les difficultés qui existent à réformer une administration publique dont les pathologies remontent à la naissance de l’Etat lui-même. A tous, l’œuvre de l’aristocrate Tocqueville est un vibrant plaidoyer pour la liberté constamment menacée par les idéologies égalitaristes : « Ce qui, dans tous les temps, lui a attaché si fortement le cœur de certains hommes, ce sont ses attraits mêmes, son charme propre, indépendant de ses bienfaits ; c’est le plaisir de pouvoir parler, agir, respirer sans contrainte, sous le seul gouvernement de Dieu et des lois. Qui cherche dans la liberté autre chose qu’elle-même est fait pour servir. »

Pierre Carvin

(source : Tocqueville, L’ancien Régime et la révolution, Gallimard)
Article paru précédemment dans l’Action Française 2000.

Tu connais pas Maurras ? (2)

Lundi 10 mars 2008

Tu connais pas Maurras ?

Mercredi 5 mars 2008

Nos maîtres: Miloš Obilić

Jeudi 28 février 2008

Miloš Obilić est né à Bresno Polje.Chevalier serbe de la principauté de Zeta (actuel Monténégro), il est devenu une figure majeure de la poésie épique serbe après la bataille de Kosovo Polje connue comme la bataille du champ des merles. Ses frères de sang étaient les chevaliers Milan Toplica et Ivan Kosančić et sa fiancée Mara la fille du prince Lazar. Il est parfois considéré comme lié à Djuradj II Stracimirović, de la dynastie des Balšić. Il fut le fondateur de l’Ordre du Dragon de Saint-Georges dédié à la lutte contre l’empire Ottoman.

Pendant la bataille du Kosovo en 1389, il passa à travers les lignes turques, pour arriver jusqu’à la tente du sultan Murad Ier, qu’il tua avec un poignard qu’il avait caché dans ses vêtements. Lors de la bataille, il se serait rendu jusqu’au camp ottoman, en prétendant vouloir se rendre, afin de tuer le sultan et de désorganiser ainsi le camp ennemi. Il aurait accompli ce geste afin de laver son nom des fausses accusations de traitrise que Vuk Branković - un grand seigneur marié à l’une des filles du prince Lazar et rival d’Obilić - aurait proféré à son encontre et pour prouver sa fidélité au prince Lazar.
La bataille du Kosovo Polje et l’ensemble des évènements qui la composent se sont enracinés profondément dans l’histoire, la littérature et la conscience nationale des serbes et, plus globalement, des autres peuples slaves des Balkans. Ceci est aussi le cas pour le sacrifice de Miloš Obilić qui, en allant assassiner le sultan turc, est allé vers la mort et s’est sacrifié pour son peuple et pour la défense des chrétiens contre les attaques de l’islam.
La tradition populaire voit en Miloš le modèle du héros qui est prêt au sacrifice ultime, pour défendre son peuple et sa foi. Son image a encouragé les combats ultérieurs contre la domination étrangère.
Dans les épopées et les légendes populaires, Miloš Obilić est célébré comme un héros à la naissance et à la force surnaturelles. Il montait un cheval extraordinaire nommé Ždral. Lors de la bataille du Kosovo, Miloš aurait été capturé par une créature démoniaque ressemblant à une sorcière ; celle-ci aurait indiqué aux trucs comment tuer son cheval et elle leur aurait indiqué qu’Obilić cachait les clés de son armure dans ses moustaches.
Miloš Obilić est mort décapité le 28 juin 1389 lors de la bataille de Kosovo Polje.

L’économie selon Aristote

Samedi 9 février 2008

Nous avons coutume, nous militants d’Action française, de développer des idées politiques et d’analyser la gestion et l’administration de notre nation. Il convient de ne pas oublier, dans notre réflexion, le domaine si complexe et si important de l’économie. De nombreux courants politiques, en France, occultent l’économie ou se contentent de considérations vagues.
Mais si le capitalisme sans entraves est l’ennemi du peuple, de la culture, de la nation, donc du Roi, il est nécessaire d’analyser sa réalisation concrète et d’élaborer des solutions pour en prévenir les nuisances. Pour cela, nous allons nous aider aujourd’hui d’un des maîtres de l’Action française, laquelle sélectionne les meilleurs penseurs politiques de tous les temps pour s’en inspirer.

Plus de deux millénaires séparent le père du royalisme d’Action française et un de ses inspirateurs, le philosophe grec Aristote. Pour un royaliste français du XXè siècle, Aristote ne peut pas être repris à la lettre, puisqu’il n’a connu ni la monarchie française, ni la chrétienté. Mais l’esprit de sa doctrine politique est, lui, une source intarissable de génie politique et, pour utiliser un anachronisme, de philosophie empiriste et organisatrice.
De nombreux autres génies politiques auraient pu avoir une place aussi importante qu’Aristote au sein du royalisme ; mais ceux-ci ont tous une « imperfection » : Hobbes, monarchiste, mais penseur contractualiste et absolutiste ; Maistre, fervent royaliste savoisien mais providentialiste ; Tocqueville, l’un des plus grands critiques de la démocratie, mais aussi fervent républicain et… démocrate. Ces penseurs sont postérieurs à la monarchie telle qu’elle s’est incarnée dans l’Europe du Moyen-Âge et de l’époque moderne, mais pourtant c’est Aristote qui reste le plus près du maurrassisme, en ce qu’il est le penseur d’une politique qui tire profit des données naturelles et réelles, d’une politique empiriste qui s’organise en fonction de ce qui est, sans théoriser un contrat social chimérique, sans espérer tout de la Providence, et sans tomber dans le piège républicain.

Aristote, dans sa politique, nous fournit aussi une économie, quoiqu’en pense les académiques et autres bien-pensants ; à travers trois écrits : Politique, livre I ; Ethique à Nicomaque, livres V et VI ; et enfin l’Economique.

Marx disait, dans les manuscrits de 1844, que c’était l’économie qui devait être au service de la société, et non l’inverse. Cela n’est pas nouveau : Aristote disait déjà que l’économie devait être au service de la Cité, et que l’inverse était néfaste. La différence principale tient au fait qu’à l’époque d’Aristote on ne dissociait pas Etat et société civile, et qu’il faudra attendre l’époque moderne pour théoriser l’économie comme un ensemble de lois objectives indépendantes des hommes. Ce n’est pas pour autant qu’il faut négliger le travail qu’Aristote nous a livré sur l’économie.

Nous allons étudier plus particulièrement le chapitre 9, livre I, du Politique, qui est une critique de la chrématistique.

La chrématistique est définie comme un art d’acquérir des biens sans limite, avec comme simple but l’accroissement des richesses. C’est donc un art contre-nature, car l’art d’acquérir des biens, selon Aristote, doit uniquement avoir pour but de pourvoir aux besoins en nourriture, vêtements, etc. des membres d’une communauté, par exemple la famille ou la cité.

La chrématistique vise toujours plus de profit, sans autre considération.
Aristote part de l’exemple de la chaussure pour expliquer sa pensée. Une chaussure peut être utilisée de deux manières, elle peut être chaussée, pour se prémunir du froid, du sol dur ; et elle peut être échangée, contre de l’argent ou des biens. Or, la chaussure a été fabriquée pour être chaussée et non troquée. Mais le troc a lui aussi son utilité naturelle et conforme à la raison. En effet, le surplus d’un produit peut être échangé contre quelque chose dont on manque. L’échange ainsi considéré, le « petit commerce », permet aussi de satisfaire les besoins primordiaux d’un homme ou d’une communauté.
Le bien suprême d’une communauté est l’autarcie, et cette forme d’échange y contribue. Il n’en n’est pas de même de la chrématistique, comme Aristote l’explique plus loin.

Il retrace d’abord la genèse de la monnaie : elle sert à simplifier l’échange.
Le vice intrinsèque de la chrématistique, est qu’elle prend l’acquisition pour une fin alors qu’elle devrait être un moyen : le moyen de satisfaire les besoins. Avec l’apparition de la monnaie, la chrématistique prend de l’ampleur ; et la richesse sera redéfinie de manière perverse comme une accumulation sans limite de monnaie. Mais la monnaie ne se mange pas, et qui aura de l’argent en abondance ne pourra se nourrir à moins d’acheter des aliments, « et c’est une étrange richesse que celle dont le propriétaire meurt de faim, comme mourut le fameux Midas, homme insatiable, dont la fable nous dit que, selon sa prière, tout ce qu’on lui présentait était changé en or. »

La chrématistique est sans limite, par opposition à l’ « administration familiale » qui s’occupe uniquement de nourrir les membres de la famille, et se fixe par là une limite. Elle est la démesure, l’excès ; et la chrématistique est d’autant plus difficile à combattre qu’elle est la perversion d’un instinct naturel, qui est le désir de vivre, le désir de jouissance. « La jouissance résidant dans un excès », on se sert de la chrématistique pour satisfaire ce désir excessif ; la chrématistique donne l’illusion qu’elle pourra satisfaire un désir infini en nous faisant acquérir des biens à l’infini. Celui qui s’adonne à la chrématistique sera donc fatalement déçu, puisque l’infini promis par cet art d’acquisition est, par définition, in-fini, c’est-à-dire que l’acquérrant ne pourra jamais atteindre un état d’achèvement et de plénitude, il s’expose au tourment perpétuel, résumé dans la question : comment gagner toujours plus d’argent ?
On voit ainsi une étrange similitude avec la spéculation financière, qui est un art de gagner de l’argent et de faire du profit, sans autre fin qu’elle-même. De plus, la chrématistique pervertit toutes les vertus en changeant leur but : par exemple, la finalité du courage est de rendre hardi, mais celui qui pratique la chrématistique recourra au courage pour acquérir plus de biens, non pour se rendre plus hardi.
La chrématistique est également létale pour la cité : le citoyen, au lieu de s’adonner à la politique, laquelle doit subordonner l’économie pour faire prospérer la communauté et pourvoir aux besoins de ses membres ; s’adonne à l’art de gagner toujours plus d’argent et participe à la transformation de la cité, qui est une communauté politique, en marché. La gestion politique n’est plus assurée, au profit du gain économique sans bornes, et la cité dépérit.

Les analyses d’Aristote, exposées succinctement ici, sont loin d’être enterrées dans le passé de l’histoire. La France actuelle n’est-elle pas ce marché qui a remplacé la communauté politique ? Le principal souci du gouvernement est de ramener des contrats juteux, qui profitent à on ne sait qui, et le principal souci du peuple est son pouvoir d’achat. Les relations politiques sont toutes subordonnées à l’économie, que ce soit les relations entre le gouvernement et le peuple, ou entre le gouvernement français et d’autres gouvernements. C’est ce qui a poussé les gouvernements de ce qu’on peut appeler à présent les Provinces an-archiques (sans Etat souverain) de l’Europe à créer une Europe libérale et supra-nationale ; et le peuple passif à l’accepter sans broncher. Même l’extrême-gauche n’a quasiment pas réagi à la couleuvre européenne ; peut-être est-elle trop préoccupée par les élections ? Peut-être est-elle devenue trop électoraliste ? Trop républicaine ?

Contre les républicains de gauche ou de droite, rousseauistes ou libéraux, la monarchie !

Infinity

Gramsci encore une fois

Mercredi 6 février 2008

« Au fond, indiquait Sarközy peu avant son élection, j’ai fait mienne l’analyse de Gramsci : le pouvoir se gagne par les idées. C’est la première fois qu’un homme de droite assume cette bataille-là. En 2002, quinze jours après mon arrivée au ministère de l’Intérieur, une certaine presse a commencé à m’attaquer sur le thème : “Sarkozy fait la guerre aux pauvres.” Je me suis dit : soit je cède et je ne pourrai plus rien faire, soit j’engage la bataille idéologique, en démontrant que la sécurité est avant tout au service des plus pauvres. Depuis 2002, j’ai donc engagé un combat pour la maîtrise du débat d’idées. Tous les soirs, je parle de l’école, en dénonçant l’héritage de 1968. Je dénonce le relativisme intellectuel, culturel, moral… Et la violence de la gauche à mon endroit vient du fait qu’elle a compris de quoi il s’agissait.»


Antonio Gramsci, théoricien de la suprématie idéologique-culturelle.

Sarközy a ouvert un important front idéologique contre les idées du simulacre révolutionnaire de 68, en particulier le relativisme culturel, malgré qu’il soit le plus soixantehuitard de tous les “présidents” du gouvernement de fait que constitue la Vème république. Il a cosnciemment ouvert les hostilités idéologiques avec la gauche, les gauches même, afin de s’attacher le vote populaire qui vit amèrement la perte universelle des repères familiaux, scolaires, nationaux ect. Il a redoublé cette offensive idéologique de conquêtes et d’annexions symboliques comme lors de l’affaire de la lettre de Guy Môquet, durant laquelle il s’est bien gardé d’associer au militant anticapitaliste aux ordre de Moscou, mort tragiquement otage de l’Occupant, le militaire, d’extraction catholique, vrai résistant de la cause nationale, et royaliste de surcroît, Honoré d’Estienne d’Orves dont Aragon, barde officiel du PCF, avait célébré les noces en un vers archicélèbre de la Rose et le réséda, « Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas/Tous deux adoraient la belle prisonnière des soldats »

Drôle de guerre, mais guerre tout de même… inspirée par… un communiste! Antonio Gramsci, communiste “révisonniste” italien, théoricien de la suprématie idéologique et culturelle en vue de la prise de pouvoir, de la conquête de l’appareil d’Etat.
Comme nous le répète un célèbre historien de la Vendée et expert de l’action culturellle de nos amis, nous recommandons aux militants nationalistes la lecture et la pratique du gramscisme, c’est à dire de l’action culturelle, tant il est vrai que toute victoire politique est précédée d’une victoire idéologique.
Loin de nous satisfaire, “l’action” et les orientations de la présidence néo-conservatrice de Sarközy nous désole. Pourtant nous pourrons nous engouffrer derrière lui lorsqu’il aura été balayé par ses échecs et réaliser les creuses promesses qu’il avait formulées et qui avaient trouvé un large écho dans l’opinion quant à la constitution d’une société fondée sur la justice sociale, la rupture avec le fiscalisme et la suradministration, la rupture avec la culture de l’excuse, la promotion de l’initiative et de la créativité, joints avec un authentique souci écologique et une réhabilitation du Politique, sur les traces de Freund et de Maurras. Cela ne peut s’improviser, il faut y travailler dès à présent.

Ici, le lien vers les oeuvres de Gramsci en ligne sur le site de nos “amis” de bellaciao.

« C’est le problème des rapports entre structure et superstructure qu’il faut poser exactement et résoudre pour parvenir à une juste analyse des forces qui opèrent dans l’histoire d’une période déterminée et définir leur rapport. Il faut évoluer dans les limites de deux principes : 1. celui qu’une société ne se propose aucune tâche pour laquelle n’existent pas déjà les conditions nécessaires et suffisantes ou des conditions qui seraient au moins en voie d’apparition et de développement ; 2. celui qu’aucune société ne se dissout et ne peut être remplacée tant quelle n’a pas développé toutes les formes de vie qui sont contenues implicitement dans ses rapports . A partir de la réflexion sur ces deux règles fondamentales on peut arriver à développer toute une série d’autres principes de méthodologie historique. Cependant, dans l’étude d’une structure, il faut distinguer les mouvements organiques (relativement permanents) des mouvements qu’on peut appeler « de conjoncture » (et qui se présentent comme occasionnels, immédiats, presque accidentels).»

Maistre contre Hume : un procès en règle

Vendredi 25 janvier 2008

Commentaire de la Lettre VI sur l’Inquisition espagnole à un gentilhomme russe

Joseph de Maistre, 1815

Les deux hommes sont philosophes, historiens et hommes politiques. Mais tandis que l’un est anglais, athée et libéral ; l’autre est français (savoisien), ultramontain et royaliste.
Joseph de Maistre (1753-1821), quasi-contemporain de David Hume (1711-1776), a sévèrement critiqué ce dernier dans sa sixième lettre sur l’Inquisition espagnole, adressée à un comte russe.
Ce passage polémique contre Hume est en fait une digression ; c’est l’Angleterre et les anglais qui sont visés par Maistre à travers le philosophe empiriste pour avoir déclaré que l’Inquisition espagnole était « honteuse ».
On le sait, Maistre était un adversaire farouche des Lumières françaises. Hume fait partie des philosophes du Scottish Enlightenment, les lumières écossaises, et ne pouvait manquer d’être attaqué par Maistre, surtout que par certains côtés toute la philosophie française des Lumières est humienne.
L’écrivain royaliste s’est choisi un ennemi à sa mesure : il qualifie Hume de plus grand ennemi de la religion produit par le XVIIIè siècle. Avec un style élégant, ironiste et ravageur, il parle du « venin glacé » du penseur écossais, comparé à la « rage écumante » de son confrère français, Voltaire. Si ce dernier était pris de violentes passions contre la religion chrétienne (« écrasez l’infâme »), David Hume, quant à lui, déploie sobrement et froidement un système philosophique qui a « sapé toutes les vérités » ; pas seulement les vérités chrétiennes d’ailleurs. L’auteur de l’Enquête sur l’entendement humain n’est pas même un homme, il est une entité froide, qui « ressemble à la logique » elle-même. En effet, la philosophie humienne explique que toute connaissance provient des sens, qu’il n’y a pas d’idées innées ou a priori (antérieures à l’expérience) ; ainsi il disqualifie toute connaissance d’entités suprasensibles (Dieu, l’âme, le monde), reléguées dans le domaine de la croyance, car ne pouvant pas faire l’objet d’une sensation.

Thomas d’Aquin aussi faisait partir la connaissance des sens ; mais lui n’excluait pas une réception d’éléments rationnels, donc indubitables ; tandis que Hume déclare que tout savoir n’est que probable, puisqu’une expérience ne saurait être universalisée (valoir partout et toujours).
Donc, se produit une double dégradation : la connaissance scientifique, prétendument universelle et certaine, est rabaissée au rang de « probable » ; tandis que la religion est écartée comme contraire à l’expérience, aux « apparences », et à la coutume, donc elle n’a plus aucune valeur et devient nécessairement superstition.

Maistre reconnaît à son adversaire un génie immense. Preuve qu’il ne suffit pas, selon lui, d’être intelligent pour atteindre la vérité. Le penseur chrétien parle d’un « effroi » à la lecture de l’écossais ; il manifeste une grave incompréhension : comment un homme si génial a-t-il pu sombrer dans une telle irréligiosité ? C’est une « révolte de l’intelligence », qui s’exprime par un « calme insolent ». Décidément, Hume n’est pas un homme, c’est un être étrange, incompréhensible et perfide.
La rationalité ne suffit pas à mener au vrai ; il faut également cette dose d’irrationalité contenue dans la foi, pour orienter l’intelligence et l’empêcher d’être utilisée à mauvais escient. Mais la séparation entre la foi et la raison ainsi pensée n’est pas celle de Luther et de Calvin : le comte nous expose la doctrine humienne comme une conséquence de la logique des réformateurs. « Ils disaient: Donc il n’est pas ce que vous croyez. Hume, meilleur logicien, dit: Donc il n’est pas. » Dans l’esprit catholique, la foi et la raison marchent main dans la main ; tandis que dans la logique luthérienne, la foi s’oppose à la raison dans un conflit inconciliable. Le croyant se trouve ainsi face à un grave dilemme : fanatisme religieux ou raison froide et calculatrice. Selon Maistre, le philosophe « éclairé » a choisi la deuxième possibilité ; une logique implacable qui détruit la spiritualité religieuse.

« Que celui qui abuse des dons du génie soit privé de ses récompenses. » La législature anglaise, représentée par le roi et le parlement, est accusée de n’avoir rien fait contre Hume, pas même refusé sa dédicace dans son Histoire d’Angleterre qui leur était adressée. Le gouvernement britannique se faisait ainsi le complice d’une puissante attaque contre la religion, à l’intérieur de ses terres. Or le christianisme était censé être la religion officielle de l’Etat anglais, donc cet Etat est doublement coupable de laisser se répandre de telles opinions antireligieuses. Mais ce n’est pas tout : la plume redoutable de Maistre s’en prend aussi aux évêques du corps épiscopal, qui siégeaient au Parlement, en citant Voltaire, si décrié par l’auteur lui-même (on sent l’ironie cruelle) : « Généreux, bienfaisants, justes, pleins de vertus, Dieu! S’ils étaient chrétiens, que seraient-ils de plus? »
Le savoisien énonce son constat terrible : « l’acceptation de la révoltante dédicace emporte de la part de la législature anglaise, et surtout de la part du corps épiscopal, une renonciation expresse et nationale à la foi chrétienne. »

Pourquoi Maistre s’en prend-il ainsi à la législature anglaise ?
Les anglais étaient ceux qui avaient qualifié l’Inquisition espagnole d’ « institution honteuse », de « détestable », et le comte leur oppose le fait que le christianisme « n’existe plus que de nom dans ce grand pays [l’Angleterre]. » L’Espagne et l’Angleterre seraient ainsi antinomiques vis-à-vis de la religion chrétienne ; l’une a poussé le christianisme jusqu’à ses dernières conséquences en créant une Inquisition impitoyable, l’autre a laissé le christianisme mourir officiellement en acceptant des philosophes tels que Hume. La France aussi est largement critiquée, pour avoir abrité Voltaire, entre autres.
Entre l’Espagne inquisitoriale et l’Angleterre irréligieuse, le choix est vite fait pour le penseur catholique et ultramontain : plutôt la dureté des inquisiteurs espagnols, que les « calamités » engendrées par le renoncement anglais au christianisme.

On le voit, Joseph de Maistre est très dur envers l’esprit des Lumières, qui a conduit à de multiples exactions envers la religion mais aussi envers la royauté et le royalisme. Les Lumières perdent de leur éclat sous la plume de l’ambassadeur du roi de Sardaigne ; leur angélisme est réduit à néant et le christianisme glorifié. L’apport de Hume à la philosophie est cependant indéniable, et on regrettera peut-être la trop grande sévérité du comte à l’égard d’un si grand penseur, bien que ce texte soit précieux pour rétablir la vérité à l’égard de Lumières souvent trop idéalisées.

Infinity

Léon Daudet

Vendredi 21 décembre 2007

Rien ne pouvait dans sa jeunesse laisser croire que Léon Daudet deviendrait l’une des figures les plus significatives de l’Action Française et l’un de ses principaux chefs.

Né en 1867 à Paris, fils du très républicain Alphonse Daudet il rencontra des personalités, par le biais de ce dernier, tels que Flaubert, les Goncourt, Drumont (etc.) et se marie en 1891 avec la petite-fille de Victor Hugo. Il collabore à des journaux comme “La Libre parole” de Drumont. Il commence à s’éloigner des Républicains au tournant du siècle.

Sa rencontre avec Charles Maurras est décisive et en 1904, il publie dans le Gaulois une profession de foi monarchiste : « Le roi seul peut être un arbitre , parce qu’il n’a personne à ménager. L’hérédité du pouvoir suprême évite des querelles répétées, des dépenses vaines, une perte de temps, et l’épuisement par corruption. Une restauration monarchique est fatale, non certes parce que nous le voulons, mais parce que la nature et la forme de nos sociétés l’exigent de plus en plus, sous peine de mort ! ». Il écrit avant 1914 des articles prophétiques ; il se consacre pendant la guerre à l’union sacrée que prône l’AF et soutient l’arrivée au pouvoir de Clémenceau.

En 1919, cet antiparlementarisme est élu député royaliste, avec 29 de ses confrères de province. L’AF juge que les circonstances justifient une participation à la Chambre : elle dénonce le traité de Versailles et fait un bel effort de campagne contre le socialisme. Le programme social de l’AF propose la création pour chaque profession de conseils mixtes fixant librement les conditions de travail, la participation obligatoire des ouvriers aux bénéfices des entreprises et le droit de grève professionnelle ; elle s’inspire des principes du catholicisme social de La Tour du Pin. Léon Daudet écrira d’ailleurs Le stupide XIXè siècle, critique percutante du libéralisme.

Daudet est un orateur incomparable, que ses adversaires redoutent pour son ironie mordante. Il commence à s’éloigner dés 1923 de Poincaré à qui il avait donné son soutien constant, et son mandat de 4 ans lui laisse une impression d’échec. C’est l’assassinat de son fils Philippe en novembre 1923, alors âgé de 14 ans, qui le dégoûte définitivement du régime ; il sera condamné pour avoir poursuivi en justice ses assassins, ce qui offrira aux Parisiens une évasion brillante organisée par une ruse des Camelots. Il reviendra de son exil en Belgique en 1930. Léon Daudet était malgré ces malheurs un bon vivant, disciple de Rabelais, que tout intéressait, comme les humanistes ; il était bon et charitable, bien que polémiste. Il a écrit aussi de nombreux romans et mémoires (Paris vécu, le Bréviaire du journalisme). Je lui laisse la parole pour conclure : « Personne n’a le droit, quand il a entrevu une fois la vérité, religieux ou politique, de s’y soustraire, sous le fallacieux prétexte qu’il est difficile de l’obtenir ! ».

Mlle Percy

Citation du jour

Vendredi 14 décembre 2007

“En une longue suite de siècles, nos rois ont fait, maintenu, exalté la France. Ils l’ont élevé au rang de phare de l’Europe et du monde. Peu à peu, par affinements successifs, ils ont modelé une civilisation de beauté, de charme, d’harmonie, qui rayonnait en un art de vivre. Tout cela moins selon un plan préconçu, cartésiennement géométrique, que selon une croissance biologique, une logique végétale pareille à celle des arbres”.

Paul Guth

[Les Epées] Paris jeudi 13 décembre

Jeudi 13 décembre 2007

Conférence le jeudi 13 décembre 20h
A propos de Maurras, “Dieu et le Roi”, sa correspondance avec l’Abbé Penon
Avec Axel Tisserand. Discussion animée par Antoine Clapas.

Salle Pierre Nicole
9 rue Pierre Nicole - 75005 PARIS
Entrée libre

[IAF] Maurras et Dante à la lumière du thomisme

Mardi 11 décembre 2007

L’Institut d’Action Française recoit le mercredi 12 decembre à 20h30, le professeur de lettres classiques, M.Gerard Bedel pour nous parler de “Maurras et Dante à la lumière du thomisme”, a la brasserie “Le François-Coppée”, premier étage, 1, boulevard du Montparnasse, 75006 Paris (M : Duroc)

PAF : 5€, Etudiants et chômeurs : 2€

Contact: 01.40.39.92.14,
fromentouxmi@wanadoo.fr

PS : cette conférence a été reportée pour 2008 à cause du préavis de grève lancé par les syndicalistes de la SNCF.

Robert Charles Surcouf

Lundi 10 décembre 2007

Robert Charles Surcouf, sieur de Boisgris était un corsaire français très intrépide. Il harcela les marines marchandes et militaires anglaises, non seulement dans les mers de l’Europe, mais aussi dans celles de l’Inde. Il acquit réputation et fortune en faisant la course.
Né dans le village de Binic, près de Saint-Malo, il est le fils de Charles-Ange Surcouf, sieur de Boisgris et Rose-Julienne Truchot de la Chesnais. Ses parents, commerçants, le destinaient à la prêtrise, mais il s’engage dès 15 ans comme volontaire sur l’Aurore en partance vers les Indes. À vingt ans, il est déjà capitaine de La Créole qui fait le trafic d’esclaves.
Nommé capitaine à l’âge de vingt ans, il commanda successivement les corsaires la Clarisse, la Confiance et le Revenant.
Surcouf alla tenter la fortune en Inde en 1796.
Quelques jeunes gens de l’île de France (aujourd’huiîl e Maurice) armèrent un petit corsaire pour Surcouf, qui fit voile pour les côtes de l’Inde, avec un équipage de Lascars (marins indiens). À l’embouchure du Bengale, où il se dirigea d’abord, il rencontra un petit convoi escorté par un bateau-pilote, armé en guerre ; il aborda le bateau-pilote et le prit ; il s’empara ensuite des bâtiments marchands anglais, se débarrassa de ses prises, de son propre navire, et passa sur le schooner avec dix-neuf hommes seulement.
Mais Robert Surcouf, le plus célèbre des armateurs malouins, entre dans la légende à vingt-trois ans, en 1796 quand, avec un équipage de 190 hommes, il prend à l’abordage un grand vaisseau britannique, trois fois plus important et mieux armé que le sien : la Confiance (18 canons et 190 hommes) prend le Kent (40 canons et 437 hommes). Ce premier succès enhardit Surcouf, qui va tenir la mer, courant après tous les bâtiments qu’il apercevra, en corsaire non autorisé, car il est parti de l’île de France sans ses lettres de marque, qui donnaient une légalité à la prise.

Peu après, avec son bateau, n’ayant que deux canons, Robert Surcouf met le cap sur un gros trois-mâts : c’était un vaisseau de la compagnie des Indes, monté par 150 Européens et armé de 26 canons de 12 ; il se nommait le Triton. Il dut son succès à ce stratagème. En effet, comment prêter le flanc à un si fort ennemi ? Surcouf fait cacher tout son équipage. « Je cours sur ce gros Anglais, dit-il à ses gens, je l’accoste : à un signal que je vous ferai, vous reparaîtrez sur le pont ; nous ferons une décharge de mousqueterie pour effrayer l’équipage, nous sauterons à bord et nous prendrons le bâtiment. » Les choses se passèrent comme il l’avait dit. Le combat qui s’engage sur le pont du Triton est terrible ; le capitaine anglais et dix de ses hommes sont tués, cinquante autres sont blessés, et Surcouf reste maître du vaisseau, n’ayant eu que deux blessés et un mort parmi les siens. Il fait signer un cartel d’échange à ses prisonniers, les envoie à Madras sur son petit schooner qu’il dépouille de toutes ses armes et mène son importante capture à l’île de France.
Chassé par trois vaisseaux de la Compagnie, il parvient au moyen d’une manœuvre habile à les isoler ; puis, les attaquant séparément, il en enlève deux, et contraint le troisième à prendre la fuite.
En 1799 la frégate la Preneuse, commandée par l’intrépide Lhermite, venait de se perdre à l’île de France. L’équipage attendait une occasion de retour ou d’embarquement. Le bruit se répand que la Confiance va faire la course.
La fortune de Surcouf commençait à grandir. Après plusieurs courses aventureuses, Robert Surcouf fut sur le point d’être dépouillé du fruit de ses dangers parce qu’il avait écumé la mer sans lettres de marque. Il avait armé en course sans autorisation à sa première croisière ; aussi quand il avait attéri avec le Triton, sa prise avait été confisquée.
Cependant les autorités de l’ile de France consultèrent le Directoire qui, voulant récompenser la bravoure du jeune corsaire, proposa au Corps législatif de lui décerner, à titre de don national, la valeur de ses prises qu’on avait vendues au profit de la colonie ; il reçut 700.000 francs.

Robert Surcouf est célèbre pour ses activités de corsaire et pour sa conception de la guerre sur mer contre la Grande-Bretagne, plus orientée vers la guerre d’usure que l’affrontement d’escadres. Pour lui, il est plus efficace de saper l’économie de l’adversaire que de détruire ses navires armés. Il finança lui-même l’armement de nombreux navires de guerre légers : l’Auguste, la Dorade, la Biscayenne, l’Edouard, l’Espadon, le Ville-de-Caen, l’Adolphe et le Renard.

Sa flotte prit La Havane, seule fois où cette ville tomba.

Surcouf accomplit un autre exploit. Saint-Malo étant occupé par les Prussiens, il se prit de querelle avec eux et défia en duel tous les officiers du régiment concerné. Les Prussiens, se considérant comme experts au sabre, relevèrent l’offre très imprudemment: Surcouf tua ou blessa les 15 premiers à la suite mais laissa aller le dernier (qui était le plus jeune et devait probablement être quelque peu démoralisé par le spectacle auquel il avait assisté) pour qu’il puisse témoigner que tout s’était passé dans les règles. Après avoir disparu quelque temps, Surcouf revint tranquillement chez lui passer entre les siens le reste de son âge.
Le nom de l’intrépide corsaire était devenu la terreur du commerce anglais dans les parages de l’Inde, et le gouvernement anglais avait cru devoir renforcer de plusieurs frégates sa station dans ces mers. En 1813, Surcouf fut chargé de conduire en France le Charles, vieille frégate, qu’il avait achetée au gouvernement et armée en flûte. Elle portait un très riche chargement. Il échappa par son sang-froid et l’habileté de ses manœuvres aux croisières anglaises.
Le frère du capitaine Surcouf, Nicolas Surcouf, intrépide marin comme lui, fut son second pendant près de 15 ans, et contribua à ses succès.

Surcouf consacra la dernière partie de sa vie à des spéculations commerciales, qui furent pour lui une nouvelle source de richesses. On croit que sa fortune s’élevait à la fin de sa vie à plus de 3 millions de francs.
Surcouf mourut d’un cancer le 8 juillet 1827 dans une maison de campagne qu’il possédait près de Saint-Servan, et fut inhumé à Saint-Malo.
Surcouf est considéré comme l’un des meilleurs marins que la France ait jamais eus. Redoutable, intenable sur tous les bords, c’est grâce à lui que de nombreux vaisseaux britanniques furent détournés en faveur de la France qu’il servit toujours, par delà les tourments politiques qui l’agitaient. Il réussit en seulement cinq années à attaquer une cinquantaine de navires britanniques et portugais.
Il est également considéré comme l’inventeur d’une ruse de nuit qui consiste à faire un petit radeau où l’on accroche des lanternes de manière à faire croire à ses poursuivants que le navire se situe à un autre endroit. (cf. le film Master and Commander)

Le 31 du mois d’aout
Nous aperçûmes sous l’vent à nous
Une frégate d’Angleterre
Qui fendait la mer et les flots
C’était pour aller à Bordeaux

Buvons un coup, buvons en deux
A la santé des amoureux
A la santé du roi de France
Et merde pour le roi d’Angleterre
Qui nous a déclaré la guerre …

L’esprit du jacobinisme d’Augustin Cochin

Samedi 8 décembre 2007

Qui donc sont ces initiateurs de la Révolution, et savaient-ils où ils allaient? Ce sont les idéologues (que Cochin me pardonne ce terme impropre, choisi par souci de compréhension), qui agissent non par perversion ni par égoïsme, mais parce qu’ils sont passés par un malaxeur très spécial, indolore et même innocent, les sociétés de pensée. On ne s’y réunit pas pour comploter, mais pour causer ; de tout et de rien, de science, d’agriculture, d’économie, de politique, de littérature, bref de tout ce que l’on a appelé la “Philosophie” ou “les Lumières”. Cette activité innocente –simplement causer, pour causer - a des conséquences inévitables. Une première est liée au fait que la réalité n’est jamais prise en compte, puisqu’elle n’a pas à l’être. La seconde est que puisqu’elle cause pour découvrir la vérité, qui ne saurait être qu’une, une société de pensée vise l’unanimité et ne peut prendre que comme un crime toute dissidence et tout désaccord. La vérité est la proposition sur laquelle tout le monde tombe d’accord : « est réel ce que les autres voient, vrai ce qu’ils disent, bien ce qu’il approuvent ». Troisième conséquence, très vite, les sociétés de pensée sont soumises à un mécanisme de sélection. Seuls resteront les esprits les plus aptes au jeu : les jeunes, qui manquent d’expérience et peuvent nourrir l’illusion que tout est possible ; les gens de loi, de plume, de parole, parce qu’ils aiment parler et qu’ils vivent déjà dans un monde confiné ; les vaniteux parce que la conquête de l’opinion d’autrui est leur passion propre… Ils vont donc être, entre eux, encore davantage coupés des réalités. Quatrième et dernière conséquence, le degré d’abstraction et d’irréalité atteint par l’idéologie la rend apte à être avalée partout : la Liberté peut séduire un Parisien comme un Chinois ou un Iroquois ; les libertés françaises ou anglaises ou athéniennes… ne sont pas transposables.Pour Cochin, la Révolution résulte d’une conjonction de trois facteurs : la stratégie et les tactiques du parti philosophique; la nouveauté du phénomène , et enfin un règlement électoral contradictoire dans son principe, qui donnait automatiquement la majorité aux idéologues. Pas de complot, mais une agrégation d’une foule d’actions dispersées, allant toutes dans le même sens sans que personne ne puisse prévoir les conséquences ultimes : les Français ont fait la révolution, elle ne s’est pas imposée à eux comme une décision du Destin ou de l’Histoire - mais ils ne le savaient pas.

Parvenu au pouvoir, l’idéologue instaure nécessairement le terrorisme, parce que, d’une part, l’application de la puissance se trouve à l’avance justifiée à quelque extrémité qu’elle atteigne, et que d’autre part le contact avec les réalités multiplie les obstacles insurmontables. Le traitement par l’idéologue de la réalité est marqué par deux traits dominants : l’irréalisme et la panique. Toutes les mesures prises en matière économique par la Terreur se sont révélées des catastrophes ; mais l’expérience des catastrophes ne corrige pas ; elle provoque une panique, une fuite en avant. La défense de la Terreur par la nécessité de répondre à des défis circonstanciels ne tient pas: ces défis sont en grande partie produits par les mesures terroristes elles-mêmes (le problème des subsistances, par exemple) et ne nécessitent pas forcément l’emploi de la guillotine. Mais ne concluons pas de l’énormité des crimes à la stature gigantesque des criminels : la Terreur fonctionne sans terroristes, avec des hommes les plus médiocres, mais dotés d’un éventail très limité de solutions tirées de l’idéologie : le dernier des imbéciles peut trouver que si les cochons sont maigres, c’est la faute des paysans, et qu’en guillotinant les paysans, les cochons engraisseront !

Autre problème : un régime idéologique et terroriste corrompt toutes les solidarités et, en rétablissant l’état de nature, il rétablit la guerre de tous contre tous, par quoi son pouvoir se trouve consolidé et établi : l’irréalisme des mesures fait que le peuple, pour survivre aux catastrophes, est obligé d’agir contre son propre intérêt ; toute mesure joue au profit de ceux qui l’enfreignent et au détriment de ceux qui l’appliquent, donc les marchés noirs se développent, et la répression et les raisons de réprimer également!

Pour vous convaincre, armez vous de cette question simple : « pourquoi y a-t-il eu une rupture révolutionnaire en France ? » et lisez toutes les préfaces, introduction ou chapitres 1 des histoires de la Révolution : la plupart ne se sont même pas posé la question et les autres n’y ont pas répondu, du moins sans faire appel à une “philosophie de l’histoire”, ce qui n’est qu’escamoter le problème. Remarquons au passage que Cochin offre une analyse saisissante de vérité du léninisme ou du stalinisme, et des autres totalitarismes du XXème siècle. Auraient-ils donc une parité avec la glorieuse période de l’avènement de la Démocratie en France ? A méditer !

Mlle Percy

 

A l’origine de la résistance française

Mardi 4 décembre 2007

Nous savons tous qu’entre la fin juin 1940 et août 1944 la République s’est donnée à un vieux maréchal déjà proche de la retraite en 1914… L’alternative du système évoluant entre ses incapacités et la dictature se poursuivait ainsi. L’armée de cette république, défaite par l’armée allemande, avait laissé la France et son peuple sous la tutelle des nazis. Un phantasme de souveraineté nationale était pourtant maintenu dans la zone sud au plus grand profit des occupants qui ainsi faisaient cautionner leur politique. Passons et tournons notre regard vers ceux qui n’ont pas désespéré ni des français ni de la France. La légende dit que les premiers résistants furent de gauche et quelques’uns de la droite Républicaine. Les historiens entretiennent scrupuleusement la légende. Sans nier que dans le petit nombre des premiers il y eut effectivement de bons républicains remarquons que dès l’origine des royalistes s’engagèrent dans le refus du nazisme. Venus de l’Action française et de groupes monarchistes divers (autour de Monseigneur le Comte de Paris), de vieilles familles de tradition royaliste, ils furent nombreux à ne pas se satisfaire de l’occupation et de la collaboration.

Ainsi le duc de Choiseul Praslin, un ami de Charles Maurras et du Comte de Paris n’a pas accepté la soumission. L’abbé de Dartein l’un des précepteurs du Prince n’a pas démissionné… Ils ne furent point les seuls ! Autour du général De Gaulle à Londres Mademoiselle de Miribel (petite-fille de Mac-Mahon) et bien d’autres n’ont pas hésité. Comme d’Estienne d’Orves, le premier fusillé de la France Libre, comme Philippe de Hauteclocque futur maréchal de France, comme Georges Bernanos et sa famille… François-Marin Fleutot en cite bien d’autres dans le seul livre consacré à ce sujet (1). Mais nombre d’historiens ont oublié que la première réunion d’organisations de la Résistance en France fût structurée par des royalistes. Mais nombre d’historiens ont oublié que le premier contact des services du général de Gaulle avec l’embryon d’un réseau en France métropolitaine fût le fait des royalistes. Contre la légende, les affirmations des uns ou des autres et tout en sachant que le mouvement de Charles Maurras a cautionné, aidé, organisé les instances de l’Etat sous l’autorité de Philippe Pétain, des petits groupes, des individus, des familles royalistes, souvent dans le drame de la rupture avec l’Action française, ont choisi de ne pas se déshonorer.

Dès l’entrée des nazis à Paris, en zone sud, Monsieur Le Moal (commerçant royaliste) place dans sa vitrine les masques d’Hitler et de Mussolini dans un pot de chambre… Les autorités républicaines interviennent immédiatement pour qu’il retire de sa vitrine ce que nous appellerions aujourd’hui “une performance”. Mais sans conteste la première réunion d’un groupe de Résistants est bien organisée chez Paul Armbruster dans sa maison au lieu dit “le Gabastou” au Fleix entre Sainte Foy la Grande et Bergerac, en Dordogne. Paul Armbruster était journaliste, il lui est arrivé d’écrire dans l’Action française. C’est un alsacien de Molsheim. Il s’est installé là avec sa famille en 1937. Il n’est pas le seul. A côté vie aussi la famille de Jean Eschbach, un industriel de Poligny (Jura), Louis Labardonnie, un propriétaire terrien de Saint-Antoine du Breuilh. A la mi- juillet 1940 (la date exacte n’est pas connue) lors d’un dîner chez Paul Armbruster on trouve autour de la table ceux déjà cités auxquels se sont joints : l’abbé de Dartein (précepteur du Comte de Paris), Paul Dungler, industriel de Thann (Alsace) – ils sont tous royalistes – et le docteur Gaston Pailloux, un ami de Labardonnie. Si Louis Labardonnie et Jean Eschbach ont entendu l’appel du 18 juin, il semble que les autres ignorent totalement le message du général de Gaulle. Par contre pour avoir lu dans l’Action française les comptes rendus fait par Hubert de la Garde (futur chef des FFI, mort en déportation) des livres du général de Gaulle et pour avoir lu les articles de Charles Maurras entre le 6 juin et le 17 juin 1940, ils connaissent ce général.

De cette première réunion clandestine vont naître plusieurs initiatives. La décision d’envoyer un émissaire à Londres. Au début d’août, Paul Armbruster se rend en Suisse et prend contact avec l’ambassade d’Angleterre. Puis accompagné de La Bardonnie les deux retournent en Suisse à la fin du même mois. Sans réponse ni des Anglais, ni du général de Gaulle ils décident d’envoyer directement un contact à Londres. Ce sera l’abbé de Dartein qui passant par l’Espagne rejoindra Londres et se mettra au service du Général. Il deviendra l’aumônier des Forces Navales de la France Libre. Ce premier contact va faire comprendre à Londres que des groupes de Résistance sont déjà constitués. Ce n’est pas tout, de cette première réunion va naître la Septième colonne d’Alsace en zone annexée. Organisé par Paul Dungler ce mouvement clandestin va permettre à de nombreux évadés des camps allemands de passer en France. Son service de renseignement va constituer l’une des principales sources d’information sur l’Alsace.

Lors de l’offensive du futur maréchal Leclerc il pourra s’appuyer sur cette organisation née quasi exclusivement dans les milieux royalistes et élargie aux autres français. De cette première réunion va naître le premier réseau de renseignements de la France Libre en France métropolitaine et inter zones, celui du colonel Rémy… autre royaliste engagé dans la lutte anti-fasciste et anti-nazie… Oser dire encore aujourd’hui que les royalistes ne participèrent pas à la lutte pour l’indépendance et la liberté sous l’Occupation n’est que mensonge révisionniste.

Louis Gonnet

1)François-Marin Fleutot, Des Royalistes dans la Résistance 

Henri Lagrange et le Cercle Proudhon

Vendredi 23 novembre 2007

L’histoire des mouvements politiques est propice à l’apparition de mythes.

Dans le cas de l’Action française, les noms d’Henri Lagrange et du Cercle Proudhon sont plus souvent prononcés que réellement connus. Un siècle de distance ne conduit pas forcément à la clarté. Si le courage et le degré d’engagement d’un Henri Lagrange peuvent et doivent servir de modèles aux camelots du roi d’aujourd’hui, on ne saurait aller chercher de réponse toute faite concernant l’immense question sociale dans les travaux du Cercle Proudhon. Les syndicalistes révolutionnaires du 21e siècle sont bien trop bercés d’humanitarisme ou pénétré de marxisme-léninisme pour envisager sérieusement une réflexion commune avec les monarchistes sur les conditions nécessaires à l’émergence d’un nouvel ordre social français.

     Il reste que des combats syndicaux contre l’Europe supranationale et contre les exigences de standardisation du nouvel ordre mondial peuvent et doivent être menés avec des forces de droite comme de gauche dans le cadre du compromis nationaliste. Qu’elles concernent la défense de l’emploi de la langue française, le respect des jours fériés ou la déréglementation communautaire des conditions de travail, les royalistes entendent bien être au cœur de ces luttes d’aujourd’hui.

I/ Henri Lagrange (1893-1915)

     Henri Lagrange est né le 21 novembre 1893 à Paris dans une famille originaire de Noyon, dans le Valois. En 1909, il rejoint les rangs des étudiants d’Action française. Le 12 novembre, il est arrêté lors d’une bagarre à la sortie de la salle des Sociétés savantes. Il n’a pas seize ans. En décembre de la même année, il participe cette fois aux manifestations quotidiennes dirigées contre le doyen de la faculté de droit de Paris, Charles Lyon-Caen. Le dimanche 23 juin 1911, il est arrêté à Rouen pour avoir conspué le président Armand Fallières lors des commémorations du millénaire du traité de Saint-Clair-sur-Epte. Condamné à six mois de prison, une pétition d’intellectuels et d’artistes exige sa libération. Il ne sera finalement libéré que le 8 novembre suivant.

En décembre 1911, Henri Lagrange cofonde le Cercle Proudhon dont il sera l’un des principaux animateurs et l’un des collaborateurs réguliers des Cahiers. Henri Lagrange enchaîne également des conférences devant les étudiants d’AF, dans leurs locaux du 33, rue Saint-André-des-Arts qu’ils devaient occuper jusqu’à la seconde guerre mondiale. Il prend une part active à la campagne pour la loi des trois ans de service militaire en 1913, et succède à Pierre de Pimodan au poste de secrétaire général de la Fédération des étudiants d’Action française, conseillant à ses troupes d’avoir toujours « dans la main une bonne canne, dans la poche un bon livre ». « Sa figure n’était ni belle, ni gracieuse, elle ne respirait que l’énergie », dira de lui Louis Dimier. 

     Véritable prince de la jeunesse du Quartier Latin, « armé d’une violence sacrée » dixit Barrès, Lagrange est ramené à la Foi par Dom Besse, moine bénédictin de Ligugé, ce prêtre monarchiste qui marquera également profondément Georges Bernanos. Au début de 1914, la fougue de Lagrange l’amène à se brouiller quelque peu avec les dirigeants de l’Action française. Cette brouille ne survivra heureusement pas au déclenchement du premier conflit mondial.

     Lagrange, malgré son jeune âge, a multiplié les collaborations à des journaux et des revues royalistes. Dès 1910 il apporte son concours à la Revue critique des idées et des livres, de Jean Rivain, Pierre Gilbert et Henri Clouard. Dès 1911 il fait de même à L’Action française de Charles Maurras, Jacques Bainville et Léon Daudet. En 1912 et 1913 il anime, avec Maxime Brienne (le compositeur des paroles de la “Royale”) et André Blot, le brûlot Leurs Figures, dans lequel il s’en prend violemment au personnel politique républicain (Poincaré, Briand et même Barrès). En 1913, trois de ses camarades royalistes, Pierre Dumoulin, André d’Harmenon et Alain Mellet  animent durant quelques mois une revue littéraire, Le Mail. Il y collaborera, tout comme Georges Bernanos qui y publie l’une de ses premières nouvelles.

Sur le plan littéraire, Lagrange se signale par des articles enthousiastes et fouillés consacrés à Gérard de Nerval, son compatriote valoisien, au romancier Hugues Rebell, compagnon de route - prématurément disparu en 1905 - de l’Action française et au Jean-Christophe de Romain Rolland.
En 1912 il réédite à la Nouvelle Librairie Nationale, un chapitre de Proudhon, Les Femmelins, consacré à la critique de la littérature et des figures romantiques.

     Deux livres qu’il envisageait d’écrire ne verront jamais le jour : un essai politique, La Ploutocratie internationale et un roman psychologique et politique, Vingt ans en 1914, qu’il avait commencé à rédiger sous le double patronage de Stendhal et de Barrès. On sait que l’équipe de la Revue critique, et notamment Henri Martineau, firent beaucoup pour la redécouverte de l’auteur de La Chartreuse de Parme. Lagrange n’avait pas échappé à cette influence, non plus qu’à celle du Barrès du Roman de l’énergie nationale.
 
Cahier du Cercle Proudhon     Henri Lagrange s’engage volontairement en 1914 et rejoint le front début 1915 après avoir reçu une instruction militaire à  Alençon. Adjudant au 103e régiment d’infanterie, il est grièvement blessé le 6 octobre 1915  à Auberive-sur-Suippe. Cité à l’ordre du régiment, il décède des suites de ses blessures le 30 octobre suivant à l’ambulance de Montereau. Il n’avait pas vingt-deux ans.
Maurras le saluera par ces mots : « Peu d’âmes auront su en aussi peu de temps, à cette vitesse, le fort, le faible, le fugace ou le durable des engouements, des liaisons courantes et des liens immortels. » Léon Daudet dans ses souvenirs, évoquera un « jeune homme d’une intelligence surprenante, en qui s’annonçait une carrière littéraire et philosophique de premier plan ». De son côté, Maurice Barrès l’évoque dans ses Familles spirituelles de la France : « Henri Lagrange avait donné corps, par la politique royaliste à tous ses rêves, à tout ce qu’il y a de plus insaisissable et de plus secret dans les mouvements d’une jeune âme. »

II/ Le Cercle Proudhon (1911-1914)

     Groupe de réflexion économique dont l’idée revient au jeune Henri Lagrange, le Cercle Proudhon est avant tout la jonction de deux écoles de pensée alors en plein essor, l’une se situant à l’extrême gauche, la seconde à droite : le marxisme révisionniste - ou syndicalisme révolutionnaire - de Georges Sorel, l’auteur des Réflexions sur la violence et des Illusions du progrès, et le néo-royalisme de Charles Maurras. Ce rapprochement est facilité par le fait que ces deux courants partagent un même objectif : abattre la démocratie bourgeoise et libérale.

     Tandis que certains royalistes, comme Firmin Baconnier et l’équipe de L’Accord social, se contentent de défendre un corporatisme somme toute assez conservateur, d’autres maurrassiens décident de s’engager plus en avant sur le terrain social et économique. Le 16 décembre 1911 a lieu la conférence inaugurale du Cercle Proudhon. Ses fondateurs sont deux syndicalistes révolutionnaires soréliens, Edouard Berth (qui signe Jean Darville) et Marius Riquier, cinq royalistes maurrassiens préoccupés par les questions sociales : Georges Valois, Henri Lagrange, Gilbert Maire (par ailleurs bergsonien), René de Marans, André Pascalon, et un  instituteur républicain fédéraliste, Albert Vincent, qui ne tarderait pas à devenir royaliste. Edouard Berth devait - pour un court temps - rallier l’Action française en 1914, se convertir l’année suivante, avant de rejoindre après-guerre le Parti communiste.

     Georges Bernanos se joindra au cercle. « Le cercle d’études sociales que nous avions fondé, écrit-il dans les Grands cimetières sous la lune, portait le nom de Cercle Proudhon, affichait le patronage scandaleux. Nous formions des vœux pour le syndicalisme naissant. Nous préférions courir les chances d’une révolution ouvrière que compromettre la monarchie avec une classe demeurée depuis un siècle parfaitement étrangère à la tradition des aïeux, au sens profond de notre histoire. »

Pierre-Joseph Proudhon     Les Cahiers du Cercle Proudhon (cinq numéros au total entre janvier 1912 et janvier 1914) étaient tirés à 660 exemplaires et comptaient 200 abonnés. Ils furent principalement consacrés à l’exaltation de l’œuvre de Proudhon et de celle de Sorel, les deux maîtres à penser qui avaient, selon Georges Valois « préparé la rencontre des deux traditions françaises qui se sont opposées au cours du XIXe siècle : le nationalisme et le socialisme authentique, non vicié par la démocratie, représenté par le syndicalisme ». Pour Henri Lagrange, «en étudiant, en analysant, en pénétrant aussi profondément la vie syndicale», Georges Sorel «a permis à des Français, qui se croyaient ennemis jurés, de s’unir pour travailler de concert à l’organisation du pays français». Quant à Proudhon, ces jeunes gens de 1913 voyaient en lui, non un anarchiste mais un homme d’ordre,  le prophète de « cet ordre social français » auxquels ils aspiraient à leur tour.
     L’historien Zeev Sternhell a voulu faire du cercle Proudhon un pré-fascisme, oubliant que si Sorel a bien été un des maîtres de Mussolini, Proudhon et Maurras sont allergiques à la toute puissance de l’Etat et à la mobilisation totale de l’économie et des hommes par ce dernier. De même, Proudhon et Maurras étaient, contrairement aux fascistes, étrangers à toute forme de romantisme.

III/ L’entrée dans la légende

     La première guerre mondiale et la révolution bolchevique de 1917 auront eu raison des espoirs du Cercle Proudhon. Néanmoins, cette aventure intellectuelle menée par certains membres de la première génération de camelots du roi n’a cessé de fasciner écrivains et générations militantes. La Jeune Droite maurrassienne de Thierry Maulnier, Jean-Pierre Maxence et Jean de Fabrègues s’y référera dans les années 1930. Dans Socialisme fasciste, Pierre Drieu la Rochelle confie : « Si je fus tenté par l’Action française, ce fut dans la mesure où elle se reliait par le Cercle Proudhon à l’élan de la révolution syndicale. » Après la Libération, dans le Grand d’Espagne, l’écrivain Roger Nimier lâche : « Les camelots du Roi, en 1910, étaient la première bande révolutionnaire d’Europe. », tandis que le romancier Jean-René Huguenin leurs rend hommage dans un article : « Certains soirs, les “camelots du roi” vont même rejoindre les jeunes gens d’extrême gauche, ceux sur qui, la veille encore, il mettaient leur point d’honneur, mais avec lesquels ils partagent au moins le dégoût de la République, de ses grands financiers et de ses petits bourgeois. » Si l’on pense comme l’historien Philippe Ariès que l’Action française a été la plus grande aventure intellectuelle française depuis Port-Royal, la formation d’un tel mythe n’est pas surprenante. Aux actuels continuateurs de cette geste d’en tirer les meilleures leçons et d’en faire bon usage.

Contre la dictature et l’anarchie

Vendredi 23 novembre 2007

“Une seule forme de gouvernement a été acceptée pendant des siècles par les Français et ce fut la monarchie. Je crois que cette forme de gouvernement est la plus compatible ou la moins incompatible avec l’humeur ou les humeurs des Français. Inconsciemment, ils doivent rêver d’un Louis XIV, c’est-à-dire d’un souverain, ce qui est conforme au caractère individualiste et concret du Français, d’un souverain qui ne se poserait pas le problème de la légitimité de son pouvoir. Il le garderait. Ce qui rend les régimes forts, c’est justement de ne pas se poser ce problème. Par ailleurs, la monarchie, c’est une famille, et le roi un visage, une présence concrète. On peut discuter avec. Le Français aime discuter, le roi est là, il est le responsable, l’Etat, c’est lui. On finira bien par restaurer la monarchie, un jour, contre la dictature et contre l’anarchie”.

Eugène IONESCO, cité dans Noblesse oblige, éd. Autrement, avril 1987

Charles Maurras ou le nationalisme intelligent

Jeudi 22 novembre 2007

Au nationalisme pessimiste, le royaliste Charles Maurras est bien la figure de l’homme debout ; celui qui refuse le désespoir et le défaitisme historique en estimant qu’une espérance collective ne peut pas être domptée.

Héros du refus du déclin, Maurras l’est indiscutablement, lui dont le polémiste Léon Daudet écrit qu’il « ignore la déconvenue, le recul, ou le temps d’arrêt. Sans cesse il avance vers son but, du même pas décidé, entraînant son monde derrière lui ». Ainsi se dégage l’image d’un homme d’action et de combat. Un combat de toute une vie qui à plusieurs reprises inquiétera la démocratie, « Trente-cinq ans de controverses et de discutions qui aboutirent à l’émeute toutes les fois qu’il le fallu » (1943).

Pour une telle destinée il faut du courage et Maurras n’en est pas avare. Par ses multiples duels, par ses séjours en prison (9 ans), par sa témérité insolente face à ses juges - jouant sa tête devant le procureur Mornay - auquel il réplique : « Si c’est face, grand essor de nos idées. Pile ? Plus grand essor de nos idées arrosé de mon sang» (1945).

Théoricien de l’action

Maurras délimite donc la juste frontière entre ceux qui n’acceptent que de vivre du nationalisme et ceux qui acceptent de mourir pour lui. Ainsi peu à peu se dessine le véritable portrait de Maurras, fort peu conforme à l’idée que ses détracteurs de droite cherchent à imposer. Cet intellectuel avec son goût suprême de la provocation a quelque chose de fringant dans ses attitudes. Maurras triomphant de François Crucy à l’épée de combat en juillet 1904 et confessant encore en 1943 son amour du fleuret et de la planche des salles d’armes; qu’on est loin de la caricature du vieillard desséché mise en forme par le célèbre critique musical Lucien Rebatet. Ainsi Georges Sorel a-t-il raison d’affirmer que « tes véritables ennemis de Maurras sont à droite ».

Sorel et Maurras sont les deux intellectuels français du XX siècle qui placent l’action au coeur de leurs préoccupations. Mais alors que le philosophe du syndicalisme révolutionnaire théorise la violence, le royaliste lance les travaux pratiques sur le pavé parisien. En 1943, à l’hiver de sa vie, Maurras explique que « le thème des réflexions sur la Violence avait donc été pratiqué et professé par nous vers cette même époque où Georges Sorel les mettait par écrit. Mais - grave différence - notre violence était au service de la raison ».

De là, toute la distinction entre les deux hommes. Pour Maurras la violence n’est pas cette tension qui perpétue l’homme. Le résultat y compte plus que l’effort.

Le rénovateur du royalisme se fait une trop haute opinion de l’action pour la galvauder dans une quelconque agitation pseudo révolutionnaire. Ce qui l’intéresse dans l’action c’est bien entendu le sérieux qu’on y apporte mais surtout l’importance du but qu’elle se propose. Il est clair que la violence n’est pas pour lui cette activité physique à laquelle on pense spontanément, mais surtout cette attitude de détermination au caractère mobilisateur. Comme Sorel il pense qu’il ne faut pas confondre la violence avec des brutalités sanguinaires qui ne riment à rien. La violence terroriste est le fait d’hommes incertains, faisant preuve d’un aveuglement dans l’action qu’on aurait tort de prendre pour de la décision.

Chez Maurras la violence est la manifestation d’une volonté qui fait savoir qu’elle ne reculera devant rien pour s’imposer : aussi rejoint-il Sorel qui pense que « la vraie violence c’est ce qui est nécessaire pour aller au bout de ses idées ».

Une stratégie

Ainsi la violence maurrassienne, c’est l’idée en acte et l’affirmation que les doctrines qui se constituent en dehors de l’action ne sont que de creuses spéculations. Dans le Figaro du 13 septembre 1901 Maurras écrit : « Nos calculs tendent à l’action. Il est vrai qu’ils ne tendent qu’à l’action utile. Tenant à refaire la France et voyant que la France ne pourra se refaire que par la monarchie, nous prenons les moyens de refaire la monarchie ». Par la suite il précise qu’il faut dans un premier temps constituer un état d’esprit royaliste pour, dans une seconde étape frapper un coup de force afin d’établir la monarchie traditionnelle, fédérative et nationale. Ce coup de force est légitime, puisqu’il brise un régime dont toutes les pénsées tendent à déraciner le peuple français. Ce coup de force est nécessaire, car il est impossible d’en finir autrement avec ce régime qui, tenant les unies, ne les lâchera pas.

En décembre 1907, le thème du premier Congrès de la Ligue porte sur la prise de pouvoir. Le numéro de janvier 1908 de la Revue comporte le texte complet du futur opuscule Si le coup de force est possible que Maurras joint en annexe de sa “bible” : l’Enquête sur la monarchie. L’année 1908 donne également le jour aux Camelots du roi ainsi qu’au journal quotidien et cette période, loin d’être la fin de l’âge d’or du maurrassisme, doit être véritablement considérée comme l’année de toutes les audaces.

De ses articles au Soleil (1899), en passant par l’Enquête sur la Monarchie (1901), l’Avenir de l’intelligence (1905), le premier congrès d’A.F (1907), mais aussi dans l’A.F quotidienne (1925), au Signe de Flore (1933), sans oublier La Contre-révolution spontanée (1943) et jusqu’à sa correspondance de la prison de Clairvaux ( 1951 ).

Pour être le seul penseur politique français à formaliser une théorie du coup de force, Maurras, tout au long de sa vie, ne cesse d’offusquer les imbéciles et les tièdes. “La Recherche, la Discussion, l’Emeute” martèle la méthode maurrassienne. La pensée du lutteur royaliste est vigoureuse, l’air y est vif. Trop vif pour les monarchistes mollusques et les faux durs du nationalisme.

C’est pourquoi à toutes les époques Maurras doit faire face à un double procès. D’abord celui intenté par les lambineurs de son propre camp qui s’inquiètent d’une restauration qui ne passerait pas par les urnes. Á ceux-là le conspirateur royaliste rappelle que « la fabrication du royaume de France, si elle comporte des chansons de geste et une légende sacrée, comporte aussi des éléments de force et d’audace… », car les monarchistes libéraux oublient trop facilement que les prétendants capétiens placent régulièrement -et certainement trop exclusivement - leurs espoirs dans l’action d’hommes d’armes (le maréchal de Mac Manon pour Henri V, le général Boulanger pour Philippe VII et le général De Gaulle pour Henri VI). Les lambineurs sont par ailleurs clairemen