Demain le monde entier connaîtra le nouveau président des Etats-Unis après huit années de Bush junior.
Cette élection passionne les médias français, pas un jour depuis 6 mois sans une couverture d’hebdomadaire mentionnant l’Obamania ou John McCain et sa colistière, qui il faut le dire est très peu rassurante : Sarah Pallin. Les médias consacrent d’or Obama, candidat du parti démocrate, et voient en lui un progrès considérable avec l’accession du premier afro-américain au bureau ovale de la Maison Blanche. Finie l’Amérique raciste du fin fond de l’Arkansas, finie la politique néo-conservatrice de Bush fils ; le progrès est en marche, le monde va changer !
Redescendons sur terre, rappelons nous 1989 avec la chute du mur de Berlin, les totalitarismes socialistes s’effondraient physiquement, le monde devait devenir un havre de paix, de sécurité et d’amour…Résultat ? Guerres dans les Balkans, en Irak, terrorisme et les tours jumelles par terre tel un château de sable piétiné par un enfant colérique…
Ce que la chute du mur de Berlin n’a pas réussi à faire il y a 20 ans, Barack Obama et ses frêles épaules humaines se heurteront certainement à la même impossibilité malgré toutes les bonnes intentions du présidentiable démocrate.
Nous proposons ici une lecture véritablement politique de la campagne et du fond de cette élection. Nous ne nous arrêterons pas sur l’aspect symbolique et sensationnel qui veut que la couleur de peau du candidat démocrate est le point le plus important pour l’avenir des Etats-Unis et du monde. Obama le gentil et McCain le méchant ? Sortons du manichéisme médiatique qui envahit malheureusement nos lectures pour analyser les programmes des tickets Obama/Biden et McCain/Pallin. Ensuite penchons nous sur les conséquences qu’aurait l’élection de l’un comme de l’autre pour les Etats-Unis et pour le Monde.
En ces temps de crise financière le plus urgent : La politique économique et financière. Les deux candidats sont au fond très proches, tous deux approuvent Warren Buffett : pour eux il est nécessaire de miser sur la reconstitution de l’industrie, y compris d’un secteur manufacturier laissé à l’abandon. Il est plus que jamais nécessaire d’investir dans les infrastructures en « panne ». Le protectionnisme va dans les deux cas ,de façon modérée, êtres brandi pour essayer de relever la situation.
La politique délibérée d’érosion monétaire va certainement être mis en place par les deux hommes, et ce afin de rendre plus attractives les exportations américaines. Un allègement des impôts est prescrit par les deux hommes, réduire les impôts sur les gains pour 2009 et 2010 pour le républicain et réduire les impôts de 3.000 dollars par emploi créé pour les entreprises pour le démocrate.
La différence ne se fait donc pas sur le volet économique mais sur des questions de société comme les armes à feu, l’avortement… L’immigration et la question énergétique divisent également les candidats. Pour le républicain, les armes à feu doivent continuer à être en libre-service, l’avortement ne doit plus être reconnu par la cour suprême. Obama quant à lui reconnaît le droit à l’avortement et est favorable à l’interdiction des armes à feu. Sur la question de l’immigration McCain veut consolider la frontière du Rio Grande avec le Mexique alors que Barack Obama veut régulariser 12 millions de clandestins.
L’Energie divise également les deux hommes, Mc Cain soutenu par les lobbys pétroliers soutient le forage en mer alors qu’Obama a des positions beaucoup plus « écologiques ».
Les deux hommes ne diffèrent-ils donc que sur ces questions ? La presse française tendrait à nous prouver que la politique étrangère est un véritable gouffre entre les deux candidats. Mc Cain le militariste et Obama le pacifiste ? Analysons la situation.
Obama et McCain vont sans aucun doute prolonger au Moyen-Orient la politique de Bush qui commence à redresser la situation : rétablissement d’un État irakien crédible et recul précaire mais certain de l’islamisme pakistanais face à une démocratie rétablie contre les militaires. Se retirer d’Irak, peut-être plus vite que prévu et tenter de sauver le Pakistan laïc et l’Afghanistan actuel, sera la politique américaine dans les 4 prochaines années avec l’un ou l'’autre.
Des différences au fond assez moindre mais doit ont s’étonner ?
L’élection américaine n’aurait que deux candidats en lices ? Bien sûr que non, mais le système électoral fait en sorte que seuls les candidats démocrates et républicains puissent arriver au pouvoir, préservant ainsi certaines valeurs et offrant certaines garanties. Le peu de divergences entre McCain et Obama est en grande partie due à ce système. Sont présents à cette élection le parti vert de Cynthia McKinney, le parti constitutionnaliste de Chuck Baldwin, le parti socialiste de Brian Moore, le parti des travailleurs de Roger Calero, le parti libertarien de Bob Barr, et les indépendants : Nader, Gonzalez, Keyes, Drake. Le meilleur score espéré pour Ralph Nader ou le parti libertarien pourraient atteindre en cas de miracle 500 000 voix au maximum.
Le système condamne donc tout autre candidat que McCain ou Obama ; analysons donc les conséquences de l’avènement de l’un ou de l’autre.
McCain est un « maverick », un républicain indépendant, adversaire de longue date de Bush et opposé à la torture. Il est en cela assez centriste et éloigné de la base conservatrice de son parti. Il conduirait une politique quelque peu éloignée de celle de son prédécesseur mais en gardant la base républicaine notamment sur les questions économiques. Sarah Pallin, sa vice présidente, mènerait une politique bien plus conservatrice.
Obama est un tout autre cas. Sénateur afro-américain démocrate il provoque un vent de ferveur sans précédent dans la communauté afro-américaine et chez une partie de ses concitoyens. François d’Orcival dans Valeurs actuelles analyse fort bien l’engouement pour Obama :
« Cette ferveur irait-elle jusqu’à étouffer la crise financière au moment où celle-ci se transforme en récession mondiale ? La crédulité n’a pas de limites. On a besoin de lui pour sauver l’humanité et l’environnement, faire disparaître le chômage et les inégalités, le racisme et la pauvreté. Soeur Obama ! »
En effet, le côté pervers de cet engouement montre l’irrationalité et le manque de pragmatisme de ses partisans et des médias français en général.
Autre fantasme critiqué par d’Orcival, la politique étrangère évoquée plus haut :
« Quant à l’affaiblissement de la puissance des États-Unis, cette Amérique devenue gentille parce que présidée par un Noir voilà un autre fantasme. Obama a dû faire croire à sa différence, mais il n’y a qu’une politique étrangère américaine. L’autre jour, le ministre de la Défense, Hervé Morin, rencontrait son homologue saoudien. «Vous avez vu le discours d’Obama sur les relations entre les États-Unis et Israël ? » lui demandait celui-ci. C’était la réaffirmation de la diplomatie américaine de toujours : Israël restera l’allié privilégié. Et plus McCain aura attaqué son concurrent sur son inexpérience et sa faiblesse à l’égard de l’islamisme, plus Obama se livrera à de la surenchère en nationalisme américain. Il se retire d’Irak pour se renforcer en Afghanistan ? C’est exactement ce que Bush fait aujourd’hui. Mais si soeur Obama se déploie en Afghanistan, qui lui refusera les renforts qu’il demandera à ses alliés ? »
Le verni afro-américain d’Obama pourrait le faire accéder à la maison-Blanche, les sondages le prouvent, dans 24 heures, il pourrait être donné gagnant face à son adversaire républicain. À moins que… à moins que l’Amérique que nous vantent les médias hexagonaux ne soit pas la véritable Amérique, le pays réel américain. Ce pays légal tolérant, ouvert, cosmopolite et démocrate ne pourrait être qu’un effet d’optique que l’océan Atlantique projette aux yeux de nos concitoyens. Rappelons nous Bush face à Kerry, Bush face à Al Gore… l’Amérique devait triompher avec ces héros démocrates donnés archi favoris dans les sondages… le champagne attendait au frais dans les bureaux du Monde, de Libération et peut être même chez certains journalistes du Figaro qui sait… mais voilà l’Amérique n’est pas l’exemple que l’on veut nous montrer, Sarah Pallin colistière de Mc Cain en est l’exemple même. Du fin fond de l’Alaska elle n’a jamais lu un livre de sa vie depuis Tom Sawyer au CM2, elle pense pouvoir faire la guerre à la Russie et ne connaît pas les rouages de l’administration qu’elle entend diriger. Qu’importe, l’Amérique aime, l’Amérique est Sarah Pallin, cette « Hockey mom », fine cartouche chasseuse de Grizzli et prête à aller se battre en Russie alors que son fils s’embourbe en Irak.
Qui de l’Amérique comopolite dite “moderne” ou de l’Amérique profonde et insensée l’emportera demain ? Depuis plusieurs scrutins, l’Amérique profonde l’a emportée, elle pourrait renouveler sa performance demain à moins que cette fois ci la mutation que nous vendent nos journalistes n’ait enfin opéré…
Pierre Richard